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dimanche 7 juillet 2013

Paul et Minc


Sont dans un bateau… après la copie musicale, l’envol d’écrits dans les bibliothèques, un petit tour d’horizon, limité j’en conviens, sur le vol de phrases, paragraphes, pages entières puisés ça et là qu’il est pourtant si facile de repérer aujourd’hui…

Le premier c’est Alain Minc avec, cela ne s’invente pas, l’homme aux deux visages, destins croisés de Jean Moulin et René Bousquet, et pour ce dernier il va largement au marché dans la biographie de référence de Pascale Froment. Il pille carrément certains passages et reprend allégrement à son compte des citations qu’elle avait recueillies au terme d’une centaine de rencontres, d’entretiens et 600 pages publiées.
Toujours le même auteur, Spinoza, un roman juif, paru en 2001, avait bien  des airs de Spinoza, le masque de la sagesse de Patrick Rödal, publié en 1997.

l'original déjà un délice...
 

la parodie et le détournement délices de l'emprunt créatif



Le deuxième c’est un critique littéraire médiatique, directeur du magazine littéraire, directeur-adjoint de Marianne, Joseph Macé-Scaron dans son ticket d’entrée, qui traite des gloires et déboires du monde de la presse. Ses déboires à lui ont commencé quand un lecteur s’est aperçu, en prenant l’ouvrage de J.M.S., que  certains passages, à peine modifiés, étaient dans le roman qu’il venait de finir, American rigolos : Chroniques d’un grand pays de Bill Bryson (il n’a pas du trouvé très rigolo d’être démasqué).


mais un bien bel endroit...
"Aussi quand tu partis, Yvonne, j'allai à Oaxaca. Pas de plus triste mot..." personne ne plagie Au-dessous du volcan, ben pourquoi?



Le troisième est le rappel d’une célèbre affaire, la bicyclette bleue de Régine Deforges contre les ayants-droits du best seller de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent.
La première instance s’est prononcé favorablement pour les ayants-droits, le juge ayant constaté une nette ressemblance (l’intrigue, les personnages…).
touche pas à mon vélo!
La cour d’appel s’est prononcé en faveur de Régine Deforges, le juge estimant que les différences étaient caractérisées.
Les ayants-droits ont renoncé aux poursuites après 2 jugements en cour d’appel et 2 en cour de cassation au bout de sept années de luttes acharnées (ça c’est moi qui rajoute !).

Côté cinéma, j’ai déjà fait allusion dans ce blog à Rivette qui n’avait pas noté son emprunt servile à Henry James pour Céline et Julie vont en bateau. Cela a été rétabli de nombreuses années plus tard. Pour L’effrontée de Claude Miller, je me souviens d’une polémique, légère, comparée aux étripages actuels, peu après la sortie du film. Il niait s’être inspiré de Frankie Addams de Carson McCullers…là aussi c’est rétabli…la toile salit mais elle peut aussi blanchir ou les deux à la fois.
Les producteurs et le scénariste de Joséphine ont été accusés de plagiat et le plaignant veut faire retirer le César du meilleur scénario, cela ne donne-t-il pas des idées de scenariiiiiiiiiis…

J’imagine les ayants-droits, surtout ceux qui se la coulent douce avec les rétributions d’œuvres célèbres, je les imagine à l’affût, n’hésitant pas à payer une armée d’espions pour débusquer d’éventuels copieurs, lisant d’interminables bouquins pour découvrir sous les pavés le plagiat…

Je n'ai guère de sympathie non plus pour des gens comme Minc ou PPDA qui peuvent se défendre d'une lamentable manière en disant "c'est pas moi, c'est mon nègre qui a mal fait son boulot!".

J’ai encore moins de sympathie, c’est même un euphémisme poli, pour le vol de la vie des autres. C’est à ce jeu malsain que s’est prêté Christine Angot, dans un livre récidive, les petits. Elle a été condamnée par jugement le 27 mai pour atteinte à la vie privée, jugement remarquablement motivé (toujours les chroniques judiciaires de Pascale Robert-Diard comme référence) ; il rappelle les deux principes fondamentaux, celui du respect de la vie privée et celui de la liberté d’expression, il souligne cependant que le plaignant (celui qui se plaint d’une atteinte à la vie privée) doit établir que cette atteinte et le préjudice qui en découle sont d’une « particulière gravité ».


J’ai emprunté la forme de ce qui suit à une poétesse libanaise, Vénus Khoury-Ghata, dans son recueil « Je pars en nuage »

De peur qu’elle n'oublie sa promesse
Elle l’enferme dans une boite

De peur qu’on ne lui reproche d’être gourmand
Il avale tout le pot de confiture

De peur que ses fleurs ne s’étiolent
Il leur chante sous la pluie

De peur qu’elle ne révèle son secret
Il lui coupe la parole

De peur que ses idées ne fuient
Il les grave dans son cerveau

De peur que le loup ne le mange
L'agneau s'enduit de peinture noire

De peurs que ses rêves ne s’envolent
Il leur construit une cage dorée

De peur que cette nuit ne finisse
Il accroche des étoiles au plafond
Et convoque Shéhérazade

samedi 11 mai 2013

La geste de Persée


Danaé et Persée recueillis par un pêcheur
Persée est le fils de Danaé, enfermée par son père Acrisios, à qui l’oracle avait prédit qu’il serait tué par son petit-fils. Zeus parvint à s’unir à elle, sous la forme d’une pluie d’or…plus tard réfugiés sur l’île de Sériphos, la belle Danaé attire les hommages de Polydecte, le roi de l’île, qui cherche à se débarrasser de Persée et lui laisse entendre qu’il souhaite plus que tout comme présent à son prochain mariage la tête de Méduse.

Et elles sont trois, les gorgones; elles ont des ailes.
Une chevelure hérissée de serpents et funeste aux mortels.
Leur vue enlève à l’homme le souffle de la vie.

Ce petit préambule pour planter le décor, la consigne étant les réflexions de Persée, un arrêt sur image avant d’occire le monstre.

Jusque là Persée ne s’était jamais arrêté pour réfléchir ou prendre une décision, tout semblait couler et découler de ses actes qui s’enchaînaient dans une suite logique. Et là le dernier enchaînement lui parut comporter une anomalie, pourtant c’est lui ce grand nigaud qui avait proposé à Polydecte de lui rapporter comme présent la tête de Méduse. En même temps il se dit qu’il était temps de quitter la toge de sa maman, et trancher la gorge de Méduse c’était autre chose que répondre aux questions de la Sphynge… décidément toutes ces créatures malfaisantes étaient féminines, heureuse Athéna qui lui apportait sa clarté au-milieu de ces forces obscures. L’épreuve avec les vieilles biques, les Grées, n’a pas été si terrible, c’est leur vue qui lui foutait la trouille, un vrai film d’horreur qu’il s’est efforcé d’oublier très vite…Et pouvoir s’envoler, littéralement, pour atteindre sa destination, quel moyen merveilleux de chasser les mauvaises pensées et quel sentiment de puissance ! Pourtant en arrivant sur cette île où tout semblait mort et pétrifié, les végétaux comme les animaux, un air glacé lui a parcouru l’échine, comme un aperçu de ce qui l’attendait s’il manquait son coup. Athéna, toujours bienveillante, lui a susurré laquelle était Méduse, il l’avait bien dans son champ de vision, il avait repéré quelle trajectoire il devait accomplir pour se retrouver face à elle, il avait même anticipé comment il devait placer son bouclier, son glaive, pas de fausse manœuvre pour se retrouver pris dans le regard de la Gorgone…Ce n’est pas la peur qui le cloue sur place un instant qui lui paraît une éternité, ses sandales ne sont pas rivées au sol, c’est plutôt une hésitation qu’il vit comme salutaire et qu’il redoute aussi de voir se prolonger…car Méduse peut se réveiller, changer de place et Athéna perdre patience de protéger un tel indécis.

Non, ce qui l’interrompt dans son élan, c’est le déroulement du cours de sa vie, qui apparaît en instantané avec cette prédiction originelle, ce putain d’oracle ! Sa mère ne le sait pas, mais il la connaît l’histoire funeste…le meurtre du père ce n’est pas possible, tuer Zeus ce serait le tabou suprême et puis c’est déjà pris avec Œdipe…non lui on lui a refilé dans la grande roue du destin la carte « tuer le grand-père » dans cette loterie où les devins font la loi pour le plus grand plaisir des dieux qui s’ennuient, c’est pour cela qu’ils prennent partie pour les pôvres humains, et la sollicitude d’Athéna n’est certainement pas dénuée d’une envie de faire bisquer une autre déesse ou Zeus…et Danaé sa mère aimante , craintive, une autre carte d’un destin lié au sien.

Non il n’est pas persécuté (sic !), ses cartes joker ne sont pas des ploucs, Hermès, Hadès, Athéna, mais tout cela sent quand même à plein nez sa tragédie et il sait très bien pourquoi Polydecte, encore un jaloux, l’a envoyé sur ces rivages inhospitaliers.

Il sent au fond de lui qu’il sera victorieux, c’est une appréhension qui suspend son geste car sa victoire impliquera venir à bout de cette saloperie d’oracle, il tuera la méchante mais ensuite il ne sait ni comment ni pourquoi ce sera le tour du roi Acrisios son grand-père.

C’est là qu’une sourde révolte gronde de plus en plus fort dans ses entrailles, y’en a marre de ces oracles à la con…juste bons à faire grimper l’audimat à Delphes les nuits de pleine lune et à faire le bonheur des éleveurs de poulets. Bon d’accord le monde sera débarrassé de cette vieille toupie et de ses serpents ; mais à part son île qu’elle a bétonnée du regard elle ne fait pas grand mal. Et savoir qu’elle existe permettait (tiens il se parle au passé comme s’il l’avait déjà occis) au moins de localiser le mal dans un endroit précis. Une autre question le taraude, décidément ça carbure un peu trop, il aurait du naître un peu idiot, c’est moins fatigant, action !exécution ! comme cet imbécile d’Hercule, tout en muscles mais le cerveau proche de l’huître…quel est le rôle de Zeus dans tout ça ? quel est son intérêt ? violer des mortelles (séduire dit l’euphémisme) ça on a compris que c’était un dieu qui avait tout du bouc mais après où est son plaisir?... suivre les tribulations de ses rejetons, demi-dieux certes, mais souvent ballottés et fracassés dans leur existence écrite, imaginée par le divin seigneur de l’Olympe et relayée par les devins; et ces rois avides et querelleurs, de Laios à Acrisios, ne sont-ils pas les pâles doublures de ces dieux joueurs et brutaux ? A cette étape de sa réflexion Persée ne peut continuer, sa tête commence à bouillonner et il a certainement aussi chaud que l’autre avec ses reptiles hérissés… Il est temps de fermer le robinet des pensées. Ce n’est pas maintenant ni peut-être jamais qu’il peut déjouer et rejouer son destin, Hermès et toute la bande ne verraient pas d’un bon œil son retour peu glorieux de pleutre. Il essaie de ne pas se mentir à lui-même en se répétant que ce n’est pas la trouille qui l’empêche de…d’ailleurs il n’est pas empêché du tout, il se dit juste qu’avant de partir il n’a pas embrassé sa mère, trêve de sensiblerie, ce n’est pas pour autant un présage de mauvais augure. Mais s’il est, bien qu’il s’en défende, un héros conditionné par son histoire déjà écrite, il sait que vouloir échapper à son destin ne fait qu’embrouiller les cartes et se marrer encore plus ceux qui connaissent déjà la fin…

 

Alors il respire un grand coup, met son casque, prend appui fermement sur le sol, oriente son bouclier, fait un petit saut et prend son envol vers cette harpie chevelue qui n’est plus pour lui qu’un reflet de ses sombres pensées.




samedi 4 mai 2013

Abécédaire littéraire

peu d'inspiration depuis Manderley  
la plume est à sec et peu vagabonde
toujours la ressource de l'alphabet
pour ouvrir les portes du monde...

a auteur, amour, adultère, autre, angoisse, allégorie, accouchement, amitié   
b boulimie, biographie, Brontë (sœurs), bibliothèque, babouchka 
c conte, cinéma, cigarette, café, critique, célébrité, censure, curiosité, copie, calligramme, Céline
d  description, désir, douleur, Dumas, dictée, dictionnaire
e écrivain, ego, érotisme, euphémisme, épigramme, épilogue, envie, échec, étymologie, emprunt
f feuille (blanche), figure(s), fantasme, fantastique, fiction, folie
g genèse, grammaire (et chanson douce), gloire, Gatsby, glaner, glossaire
h honte, haine, héros, hasard, haïku
i inspiration, imagination, incipit, inconscient, image, intrigue, imbroglio, imposture, ivresse, intime, insolite, idée
je, jeu, jouissance, jalousie, jazz
k kaléidoscope, karma, Karénine, Kali
l  lettre, lire, lecteur, libraire, litote, langage, logorrhée, liaison, Lolita
m mots, muse, métaphore, marivaudage, mystification, mensonge, mythe, mystère, Maupassant
n narrateur, narcissisme, nouvelle, nombrilisme, nègre, nostalgie
o orgueil, ordinateur, oubli, Orwell, observation,
p peur, poète, prose, plume, plagiat, pastiche, parodie, personnage, panne (d’inspiration), périphrase, papier, pataphysique
q Queneau, quotidien, quiproquo, Quasimodo
r romancier, rêve, romantisme, rature, recherche, rivalité, regard, reconnaissance, réalisme, rime
s souffrance, souvenir, style, stylo, sujet, surréalisme, synonyme, succès, sexe, scribe, social, séduction, sentiment, secret, spleen, symbolisme
t temps, théâtre, tabou, traduction, Tardieu, tea-time, texte, Tartuffe, Tintin
u usure, usurper, univoque, Ubu
v vie, virtuel, voyages, voyelles, verbe, vide, Vian, vin, vers
w wagon-lit, whisky, W (ou le souvenir d’enfance), Wharton
x  x, xérès (un doigt), Xanadu
y Yin et Yang, yuppie, yéti
z zeugma, zoo, Zazie, zinc, zazou, zut alors, si le soleil quitte ces bords !

Amélie Boulain a Choisi le Démon de l'Epouvante et de la Folie, la Grandeur de la Haine, son Impasse et sa Jouissance; dans ce Kaléidoscope de Lumières Multicolores la Nostalgie Ouvre sa Porte, elle Quémande des Rêves Satinés de Tendresse, telle l'Usurière qui Vendrait du Whisky et du Xérès aux Yuppies de Zanzibar.

dimanche 3 février 2013

espoir en boîte


J’étais optimiste à la fin de ma précédente note en ce qui concerne l’Inde, peut-être aveuglée par mon attrait pour ce pays. L’article de Chouyo (chouyosworld.com) Inde : le sexe comme champ de bataille montre qu’encore une fois le levier de l’émotion tient lieu de pensée et d’analyse.

Mais l’optimisme c’est comme un baromètre et il suffit de peu pour le faire remonter. Et il risque de grimper en Inde où plusieurs mouvements de femmes appellent à des projets le jour de la St Valentin et se mobilisent pour passer de l’indignation à l’action concrète.

J’ai voulu musarder du côté de certains mythes féminins comme Lilith, figure emblématique du féminisme des années 70, assimilation d’un mythe sumérien, pour certains la première femme, avant Eve ; le plus intéressant est dans l’Alphabet de Ben Siva, elle se considère comme l’égale d’Adam car tirée de la même terre, elle refuse la position du missionnaire, dispute dans le couple. Elle en appelle à l’Eternel, des ailes lui poussent, elle abandonne Adam et l’Eden, elle s’obstine. Dieu la condamne, la suite est encore plus confuse, elle devient le serpent tentateur, une succube, la femme du diable…on se perd dans les dédales ésotériques, représentation de la tentation féminine et de la lune, déesse ailée des rêves érotiques, symbole des plaisirs interdits et de la sorcellerie…la barque est chargée.
Sur la photo, bas-relief mésopotamien, 2000 av.JC, Lilith/Inanna porte une couronne lunaire. Elle aurait appris à voler la nuit avec ses 12 filles, les Lilims. Elles hantaient les hommes pendant leur sommeil.

Celle qui m’intéresse davantage c’est Pandora. Elle fut créée sur l’ordre de Zeus qui voulait se venger des hommes pour le vol du feu par Prométhée et fabriquée dans de l’argile et de l’eau par Héphaïstos. Athéna lui donna la vie et l’habilla, Aphrodite la beauté, Apollon le talent musical, Hermès lui apprit le mensonge et l’art de la persuasion, Héra la curiosité et la jalousie. C’était la première femme puisque les hommes vivaient jusqu’alors avec les dieux et Zeus l’offrit à Epiméthée, frère de Prométhée (il accepta bien qu’il eût promis à son frère de refuser les cadeaux de Zeus, timeo Danaos…). Pandora apporta dans ses bagages une boîte mystérieuse, en fait une jarre, que Zeus lui avait interdit d’ouvrir. Celle-ci contenait tous les maux de l’humanité, notamment la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, la Passion ainsi que l’Espérance.
Pandora céda à la tentation et ouvrit la boîte (certains textes disent que Zeus lui ordonna de l’ouvrir), libérant ainsi les maux contenus ; elle voulut la refermer pour les retenir mais trop tard. Seule l’Espérance, qui peut se définir aussi comme l’attente de quelque chose, l’appréhension , la crainte irraisonnée,  plus lente à réagir, y resta enfermée.
La comparaison s’impose avec Eve, dans les deux cas, c’est la femme qui commet une irrémédiable erreur en succombant à la tentation ; Lilith, elle, trouve plus fort et plus intéressant que la tentation et le péché, elle en devient l’incarnation.

Retour à l’âge d’or, sous Cronos les hommes et les dieux vivent en harmonie, pas de vieillesse, pas d’enfance, pas de femme, pas de travail, une vie masculine dans la béatitude. Mais s’ils vivaient comme les dieux ils n’étaient pas immortels et s’éteignaient paisiblement,  « ils mourraient comme enchaînés par un doux sommeil ».
Zeus devient le roi des dieux, il organise, hiérarchise, et délègue Prométhée auprès des hommes, et une rivalité se fait jour entre eux bien avant l’histoire du feu.

Ce qui va caractériser la vie humaine c’est son ambiguïté, plus de bien sans mal, plus de jeunesse sans vieillesse, plus de travail sans souffrance…
Ce qui me semble qualifier la naissance des mythes fondateurs et des religions c’est la peur de la femme, la peur de la jouissance, l'envie de la maternité…peut-être au départ une fascination pour la femme et la nature d’où l’adoration parfois ambivalente d’une idole de pierre froide, belle et monstrueuse.

Khajuraho
Si en Inde on voit dieux et déesses copuler joyeusement sur les bas-reliefs des temples hindous et jaïns le voile pudibond qui recouvre la sexualité humaine est une chape de plomb. J’ai déjà évoqué ici les soucis qu’a eus Nina Paley avec son film Sita chante le blues car elle osait s’en prendre à Rama.

On termine ce petit tour mythologique option dualité féminine avec Sophia La Sagesse, déesse suprême déchue à une époque sous le qualificatif de prunikos (malpropre ou prostituée).

Dans le Livre des Proverbes Sophia parle de la création du monde et des liens qui l’unissent au Créateur :
J’étais à l’œuvre auprès de lui,
Et je faisais tous les jours ses délices,
Jouant sans cesse en sa présence,
Târâ
Jouant sur le globe de sa terre,
Et trouvant mon bonheur parmi
Kâli
  les fils de l’homme.


 une photo de Kâli qui hante les lieux de crémation et une de Târâ dont les adeptes invoquent les 108 noms en égrenant leur chapelet





Janvier 2013, dans Pékin pollué un riche industriel a fait circuler  des canettes d’air pur, à quand la distribution, ou la commercialisation, cela dépend de la dose, de canettes d’espoir?     


dimanche 6 janvier 2013

Coquin, ne t’ai-je pas interdit pour un mois ?


Comment mais cela fait plus d’un mois que tu n’as pas écrit !
C’est affreux, et rien ne vient…la source qui n’était déjà pas si abondante se tarit…Comme d’habitude on va essayer de s’en sortir avec une petite pirouette, pas une contrainte car je crois que pas une goutte ne jaillirait…
Pourquoi ce mois de décembre m’a-t-il si peu inspirée? bon d’accord c’est  l'avant tout blanc sans neige, la frénésie, mais je crois que le pire était dans l’actualité qui m’a laissée sans voix et sans mot.
Alors je me suis endormie au début de ce mois des frimas et je me réveille là, à l’aube de cette année impaire.
Mon premier mouvement est de m’étonner d’être encore en vie puisque la fin du monde était programmée, allons allons trouve autre chose...
le pélican du Parc
Mes yeux s’écarquillent quand je découvre hier le grand titre du journal local,   Bardot prendrait la nationalité russe à cause des éléphantes du Parc… Bon là j’ai du mal à faire la mise au point. Pourquoi la Russie, et pour les éléphants je suis d’autant plus agacée que j’ai lu pendant mon sommeil d’hibernation, si si c’est possible, les racines du ciel. Si Bardot veut parler d’éléphants elle devrait lire Romain Gary, elle saurait au moins de quoi elle cause quand elle parle de ces bestiaux.
 
Mes yeux s’agrandissent encore quand on m’informe que tout cela n’est pas une histoire d’éléphants à sauver mais de pognon à sauvegarder et qu’au départ c’est Depardieu qui partait en Belgique pour échapper au fisc hollandais. Là c'est trop je demande à me rendormir car je n’y comprends rien et le peu que j’entrevois me laisse songeuse et dubitative.
On me dit que Torreton a répondu avec panache à l’acteur, nouvelle représentation de Cyrano mais là ils en font un peu trop je trouve auprès d’un public qui ne leur a rien demandé…Et je ne comprends toujours pas pourquoi Bardot veut aller en Russie, pourquoi pas la Belgique elle aussi, soit belge et tais-toi pourrait-on dire à l’un et à l’autre.
Ah bon le scoop c’est Poutine qui invite tout ce beau monde à rejoindre son beau pays, grande démocratie il a dit l’acteur bouffi, et là ce ne sont plus les yeux ce sont les bras qui me tombent des cuisses comme on dit à Lyon chez la mère Cottivet et puis je crois qu’il vaut mieux laisser choir carrément cet indécent feuilleton…
Avant de m’endormir j’avais été profondément secouée par ce que j’apprenais du Congo, des femmes violées et du docteur Mukwege, qui lui s’est réfugié en Belgique pour échapper à ses assassins.
L’étudiante violée à Delhi est morte, des femmes manifestent au Népal suite à un viol, et je me dis père Noël  il y a encore du boulot du côté de la place des femmes partout dans le monde et encore plus du côté de la haine de la femme, quant à la haine de soi c’est autre chose qui rejoindrait presque le vaudeville Depardieu.
Et ces femmes (voir l’article du Monde du 28 novembre, viols en RDC, la croisade du Dr Mukwege) ont crié si fort que je les ai entendues pendant mon sommeil, qu’elles ont éclipsé et de loin les débats sur le mariage gay, le mariage pour tous et tutti quanti. Et j’ai l’impression de revenir d’un autre sommeil, plus lointain, enfoui dans les brumes anars, quand j’entends les homos réclamer notoriété, égalité, sécurité, cela fait carrément ringard pour moi qui étais contre le mariage. Simone Weil d’abord, Badinter ensuite, ont fait promulguer toute une série de lois sur le code civil qui n'ont fait que prendre en compte l’évolution de la société (suppression enfant légitime enfant naturel et autorité parentale conjointe). Le reste suivra me dis-je, malgré la calotte qui va communier dimanche prochain et la droite qui veut se refaire mais pitié qu’on ne mélange pas tous les genres…
Qu’est-ce qui va me faire tenir pour ne pas me rendormir ?

Je vais chercher , les femmes Indiennes et Népalaises ouvriront peut-être la voie à l’Afrique, il y a encore du pain sur la planche chez nous puisqu’une actrice qui aurait du rester muette peut dire que les femmes font de bonnes infirmières grâce à leur instinct maternel. Bon RIDEAU pour les mauvais comédiens, nous trouverons de quoi nous satisfaire, un peu, beaucoup, en tout cas passionnément je le souhaite sur le grand théâtre de la vie.


                         Un autre aperçu lyonnais que l'article du Progrès


    Le titre de cette note est la première réplique de Cyrano, à Montfleury



jeudi 29 novembre 2012

Une petite entreprise



Julio Cortazar, dans Cronopes et Fameux, donne des instructions pour pleurer, pour chanter, pour monter un escalier ou tuer des fourmis à Rome…   

En voici quelques unes pour monter un club SM

Il faut que le lieu soit accueillant mais aussi un peu inquiétant, une cave aménagée en grotte fera l’affaire. La clé de votre réussite sera la maîtresse de cérémonie que vous embaucherez ; il vous faut être très vigilant sur le profil recherché et la rédaction de votre annonce, et bien sur vous devrez la tester pour évaluer ses compétences : dominatrice, pas jusqu’à la caricature ; maternelle, c’est exclu ; de l’empathie juste ce qu’il faut pour être attentive au bien être des clients et sa meilleure qualification résidera dans sa capacité à endosser plusieurs rôles et à passer de l’un à l’autre avec aisance… comme sur ses différents talons hauts.

mais non pas celui-ci
Apportez un soin particulier à la qualité des accessoires, surtout les fouets, qui doivent laisser quelques traces sans cingler la peau ni l’amour-propre et aussi les menottes, les lanières, les masques…

ni celui-là...
Si vous possédez un appartement ou mieux une maison avec une pièce en sous-sol, n’hésitez pas, cela confèrera un caractère un peu secret à votre installation.

Pour le mobilier je vous suggère des canapés et non des lits, qui évoquent trop la conjugalité, quelques miroirs sans abuser de la chose, on n’est pas dans la rubrique voyeur ; pas trop de rouge ni de noir cela sent son XIXème siècle et le blanc labo est à bannir également.
c'est peut-être mieux...

Il est important que vous ayez des notions de psychologie, en particulier pour ce qui concerne les groupes…savoir repérer les nouveaux, les timides du fond de la classe, les rivalités et surtout les pervers. Je ne doute pas du succès de votre entreprise si vous mettez un peu de corps à l’ouvrage.

Quant à contacter Madame Robbe-Grillet je vous le déconseille, elle a  certainement d’autres chats à fouetter, et ne lésinez pas sur la qualité et l’amour du travail bien fait.





samedi 10 novembre 2012

Envol d’écrits


Si on élargit les possibilités suggérées par la précédente note, de la copie à l’emprunt il n’y a qu’un petit pas à franchir vers le larcin et je propose d’aller faire un tour du côté des rats de bibliothèques, pas ceux qui dévorent les livres, plutôt ceux qui les dérobent…

Le premier pourrait s’intituler le passe-muraille du Mont St Odile . Le lieu, un ancien couvent perché sur un piton escarpé des Vosges, l’ancienne salle du chapitre abrite la bibliothèque accessible à quelques privilégiés. 


pour Sean Connery même moine
En 2000 le père abbé découvre le vol de 16 livres. Il n’y a pas trace d’effraction, on se rapproche du nom de la rose  car des incunables ont disparu et le voleur a laissé une rose dans le trou de la serrure.

Une plainte est déposée, on installe une serrure blindée ; 19 mois plus tard les livres disparaissent par rayonnages entiers et on s’oriente vers le mystère de la chambre jaune .

Finalement cet Arsène Lupin est confondu et filmé dans le passage secret…qui aboutissait au fond d’une des armoires de la bibliothèque. La première fois il s’était introduit dans le lieu en appuyant sur une rosace !
Il avait dérobé, outre le passage découvert dans une revue d’histoire locale, près de 1100 ouvrages en moins de deux ans…

Un autre FDB (fait divers de bibliothèque), le conservateur en chef du fond hébraïque de la BNF a réussi à voler puis à revendre aux enchères, pour 300 000 dollars, le Pentateuque, les 5 premiers livres de la Bible.

Le bibliothécaire de la B. Faidherbe (Paris XI) avait fait disparaître des rayonnages quelques 75 livres portant sur l’islam et le monde arabe. Pour endormir les soupçons il confectionnait de fausses cartes de lecteurs et ce catholique intégriste rapportait chez lui les ouvrages et les détruisait consciencieusement.

La B. de l’Arsenal (Paris V) constate en juin dernier le vol d’un ouvrage célèbre datant de 1557, estimé à plus de 200 000€, Commentarios de Afonso Dalboquerque. Fin juillet des experts s’étonnent de découvrir le précieux livre au catalogue d’une prochaine vente chez Christie’s !
L’objet est retiré in extremis ; le vendeur, grand collectionneur, jure ignorer la provenance de cette pièce restituée au patrimoine français.


Dernier FDB, un bibliothécaire d’Helsinki s’avise que certaines cartes d’atlas ont été découpées. D’autres bibliothèques de part le monde constatent qu’un grand nombre de leurs ouvrages géographiques ont été mutilés. Le voleur subtilisait au cutter des cartes datant pour la plupart du Moyen Age afin de les revendre. 


Un petit clin d’œil vers la restitution poétique…, Lamartine avait emprunté son célèbre vers à Antoine-Léonard Thomas, qui avait écrit un siècle plus tôt : ô temps suspends ton vol ! Respecte ma jeunesse.

mercredi 24 octobre 2012

Troppo allegro



Une copie blanche car je ne sais ce qu’elle va contenir…Puis j’associe à copie cette belle histoire. A 14 ans Mozart assiste à l’audition du Miserere d’Allegri. Ce musicien, prêtre et ténor de la chapelle pontificale, avait composé cette œuvre sublime aux environs de 1638 durant le règne du pape Urbain VIII. Le Vatican, souhaitant en conserver l’exclusivité et en préserver le caractère unique défendit non seulement de le reproduire et de l’exécuter hors de ce lieu saint, mais menaçait d’excommunication quiconque enfreindrait la règle.

Quand Mozart est rentré chez lui, avec son papa, celui-ci a du soupirer que c’était bien dommage qu’on ne puisse pas jouer un morceau de ce choix. Et le fils de Léopold a voulu faire plaisir à son père et a reproduit les 9 voix du Miserere sur une partition qui a fait le tour du monde.

On soupçonna davantage Mozart de l’avoir volée qu’imaginer que ce  jeunot l’avait copiée après une écoute (deux suivant les versions). Elle a été publiée en 1771 à Londres et l’interdiction papale a été levée.

Ce Miserere était chanté a capella, dans la Sixtine, lors des matines du mercredi et du vendredi pendant la semaine sainte.

Et voici ce qu’on ne pourrait entendre aujourd’hui car le jeunot serait poursuivi pour copie illicite et diffusion sans autorisation d’une œuvre protégée.





dimanche 14 octobre 2012

Un dimanche à la consigne


 Il faisait beau dans ma tête. J’avais décidé de passer mon dimanche au bord des mots. Je voulais profiter de cette parenthèse solitaire, de ce ciel lourd et gorgé de pluie, faire comme si le téléphone et l’ordinateur étaient en panne, et alterner, dans ce programme, lecture et écriture. La première pour sortir de moi-même et grappiller chez les autres quelques effluves d’idées, d’atmosphère, la seconde pour me blottir sous la couette des mots, des rêveries, des fantasmes… mots au hasard Balthazar, mots pour ne rien dire, mots pour rire, mots pour faire danser, tourbillonner, mots pour conjurer l’ennui et l’oubli, mots précieux enveloppés dans leur petit sachet, mots secrets à chuchoter dans le noir, mots fous et feux follets, mots douceur qui réchauffent avant l’hiver, mots à déguster sans perdre une miette, des mots pour me trouver un abri le long des fleuves impassibles

vendredi 7 septembre 2012

RATP blues



Adèle dans le métro


J’ai toujours été fascinée par le métro parisien, peut-être l’ai-je d’autant apprécié, jeune provinciale débarquant à Paris, car il me permettait d’avoir des repères (ah la ligne 1 talisman des lyonnais) et de ne pas me sentir complètement plouc. J’aime particulièrement les noms des stations, c’est un peu le grand canal souterrain de la capitale…


 
J’t’ai vue à Bonne Nouvelle
Ah ce que t'étais belle !
En arrivant Place d’Italie
Tu m’as dit t’appeler Zazie
A la  mairie des Lilas
Tu m’as tendu les bras
A la station Pyrénnées
Tu m’as donné un baiser
A Réaumur-Sébastopol
T’étais toute fo-folle
A St Philippe du Roule
Tu t’es mise en boule
A la sortie Trocadero
C’était pas très rigolo
Et à Rochechouard
Tu m’as laissé choir




dimanche 29 juillet 2012

Papotages et framboises


En touillant la framboise je rêvassais à une nouvelle mise en pots…



La déception 
le film de Leos Carax, holly motors, je n’en dirai pas plus car je ne veux pas me faire lyncher par des faninternautes susceptibles, cependant j’aggrave mon cas en disant que ce n’est pas vraiment une déception car je n’en attendais pas grand chose, en tout cas pas autant que le landerneau cannois et parisien…

En revanche c’est une réelle déception que l’avant dernier Connelly, les neuf dragons, dans lequel Harry Bosch, sous prétexte qu’il est père, que sa fille se fait enlever, est prêt à dégommer tout ce qui se met en travers de son chemin à Hong-Kong.

La joke
la JOC le 1er mai
Staline interroge le soleil le matin « dis moi soleil suis-je toujours le plus grand ?» et le soleil « oui Staline tu es toujours le plus grand », rebelote à midi « suis-je toujours le plus fort ? et le soleil dans son zénith en remet une couche « oui Staline tu es le plus fort et le plus aimé aussi, ce n’est pas pour rien qu’on t’appelle le petit père des peuples… », et Staline continue son addiction en se tournant à nouveau vers l’astre déclinant, et le soleil de répondre à la 3ème injonction « ah Joseph tu es un véritable malade, complètement chtarbé, et puis je t’emmerde je suis passé à l’ouest ».

Le prénom
Térébentine, sans h c'est plus écologique

Un dessert
chez une amie avec fruits rouges du jardin, crumble aux abricots cueillis sur l’arbre et fromage blanc… divent et succulin !




La philologie
passer du coq à l’âne, j’aime beaucoup l’interprétation de clocher, vraie ou fausse je ne sais, das ist egal, qui dit que l’Alsace a depuis 1870 oscillé entre l’Allemagne et la France et le coq c'est der Hahn en allemand…

Le livre
j’avais découvert Russel Banks avec sous le règne de Bone  dans lequel il se met dans la peau d’un adolescent de 14 ans. Dans son dernier, lointain souvenir de la peau, il met à nu les dérives du politiquement et sexuellement correct à travers un jeune adulte qui a grandi dans l’univers virtuel du porno. 

Les chroniques sociales du JT de France 2, avec des titres aussi alléchants que : l’amitié est-elle possible entre un homme et une femme, l’autorité parentale, lutter contre la dyslexie, sauver le couple, les internats d’été, la séparation de frères siamois…

Campagne espagnole
Il s’agit d’un vote qui a eu lieu près de Barcelone, à Rasquera. Le maire de cette commune a demandé à ses électeurs d’approuver ou non par référendum l’implantation et la culture de cannabis sur les terres du village. Ces derniers ont été à 60% favorables. 

Une photo
La Meije sortant des nuages à partir du bistrot de la Grave


Le coup de cœur
le troisième film de Xavier Dolan, Laurence Anyways,  avec Melvil Poupaud 

La chanson
elle est dans le film, j’aime cette chanson que j'écoute depuis longtemps, ni trop tôt ni trop tard, écrite par Cyrus Bassiak et chantée par Jeanne Moreau. Je viens de la trouver sur la toile et je suis ravie de vous la faire découvrir.