samedi 20 juin 2026

Du côté des poupées

 

Après être allée du côté des petites filles je suis allée faire un tour du côté des poupées.

Dans le catalogue jouéclub 2025 on propose aux filles et à leurs mères :

Une poupée Steffie future maman…son ventre grossit au fur et à mesure dès 9 mois de grossesse grâce à un bouton dans son dos ! Les accessoires pour bébé sont inclus.

Jenny professeure de fitness, elle est aussi pédiatre, maîtresse…

Lila chérie, beaucoup plus chère, mais 5 fonctions, rit, gazouille, pleure, tête son biberon ou sa tétine et ses joues rougissent quand elle a un gros chagrin…

Paul fait pipi pour de vrai ! sur son pot. Paul est habillé en bleu et Lila chérie en rose, tiens !

Anna prononce les premiers mots, 24 sons réalistes quand on appuie sur son ventre

Nenuco, qu’est-ce qu’on mange aujourd’hui ? plus de 10 accessoires, fais des bons petits plats à Nenuco et regarde sa couche…il fait pipi ou caca

Emma ouvre et ferme les yeux grâce à sa tétine magique. Elle boit l’eau de son biberon et fait pipi dans sa couche ou sur le pot. Quand elle est triste elle verse même de vraies larmes

Louna dit je t’aime maman et fais-moi un bisou

Bébé interactif et son ourson, s’endort, se réveille, tête, marmonne, bouge la bouche et cligne des yeux

Et tout l’appareillage maternel et ménager :

Ma première nursery coin repas, espace change, baignoire, pèse bébé…

La machine à gaufres, la machine à café, la friteuse à air, le micro-onde, le lave-vaisselle, la machine à laver, le chariot de supermarché garni avec ou sans poupon, la poussette double, la cuisinière et le grand frigo, la cuisine évolutive Téfal (80€), l’aspirateur, le chariot Rowenta ménage avec aspirateur balai et une photo de petit garçon avec un aspirateur dyson ! Cette liste digne de la chanson de Boris Vian n’est pas exhaustive et la préférée dans la liste des poupées est celle qui boit et fait pipi…


Au-delà des stéréotypes renforcés, je dirai même bétonnés, sur les fonctions attribuées aux filles je suis ébaubie qu’on puisse faire de la publicité pour des marques bien installées dans le paysage commercial.

Barbie, qui s’était émancipée au fil des années et de l’évolution de l’american way of life a une sœur française Barbie Femme de chambre ! la soubrette quoi ! « Célébrez l’esprit de la femme active » dit la pub de son créateur Robert Best !


Et ce qu’elle évoque, cette soubrette, va bien au-delà des clichés rose-bonbon colorant les jouets attribués aux filles.

Là on est carrément dans le phantasme érotique et le fétichisme de l’uniforme.…

On peut aussi mentionner la poupée Reborn, plus que parfaite dans la conception réaliste, qui peut servir de Doll therapy mais génère aussi de gros profits.


Je voudrai évoquer une amie, artiste, qui réalise des robes et autres vêtements pour des poupées parfois lilliputiennes avec des recherches sur le tissu, les accessoires, l’époque…
robe Mondrian

Et je termine avec une poupée de cinéma très célèbre et qui alimente le suspens tout au long du film


                                                      la nuit du chasseur

dimanche 5 avril 2026

Pas son genre

 Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre !  (Un amour de Swann)

J’ai revu un samedi soir à la TV, sur une chaîne publique…quelle chance ! le film de Lucas Belvaux, Pas son genre.

Clément est prof de philo, Parisien d’abord, essayiste et spécialiste de la philosophie scandinave et allemande.

Jennifer est coiffeuse à Arras, à 1h30 de Paris mais cela suffit à Clément pour se sentir puni, banni, lorsqu’il reçoit sa nomination dans cette ville (dans le grand nord !) et d’éprouver la crainte obsédante de louper quelque chose d’important à Paris lorsqu’il sera à Arras.

Clément couche deux nuits à Arras, il va se faire couper les cheveux pour la rentrée et bien avant qu’ils aient repoussé il retourne au salon pour proposer un rendez-vous à la jeune femme qui l’a coiffé, Jennifer.

Lors de la rencontre, dans un café, il lit Dostoievski, elle lui parle d’Anna Gavalda ; d’emblée on pressent que cette relation qui se noue peut être une chance pour les deux, une attirance des « contraires »…et cela fait naître un suspens sentimental ;  le déterminisme social va-t-il prendre le pas sur la découverte de l’autre, de sa différence, de sa singularité ? Lors du rendez-vous au cinéma, Clément avoue son ignorance des actrices, du film, et rétropédale quand Jennifer est trop étonnée de ses lacunes et ne le croit pas quand il dit qu’il n’a pas la télé.

Dès le générique du film on sait que Clément ne veut pas trop s’engager dans une relation et fuit dès que sa partenaire manifeste un désir (mariage, enfant…), il se fait traiter de lâche sans réagir...

Il précise bien à Jennifer qu’il est nommé à Arras pour l’année scolaire et qu’il sera de nouveau à Paris l’année suivante.

Jennifer dit souhaiter une relation durable, sans forcément s’adresser à Clément, mais elle annonce qu’elle ne veut plus d’aventures…

Elle aime son travail et le revendique, c’est peut-être la première fois que Clément entend quelqu’un parler de son investissement dans un travail manuel.

Clément délaisse un week-end Paris et ses soirées branchées et suit Jennifer et ses collègues à la soirée karaoké, peut-être une brèche dans l’acceptation de l’autre et de ses goûts ?

Les livres tiennent une grande place dans le film.

Quand Clément offre à Jennifer un essai de Kant avec une dédicace pour sa position kantienne sur la beauté il sous-entend (quand elle réagit à la difficulté de lire ce livre) que ce n’était pas forcément pour qu’elle le lise.

Jusque-là Jennifer a suffisamment d’assurance et de joie de vivre pour ne pas se sentir déstabilisée…elle a du répondant face à monsieur le prof de philo…elle parle spontanément des livres que Clément lui conseille.

La première désillusion se produit à propos de livres lorsqu’elle en achète un pour Clément (Anna Gavalda ?) et qu’elle découvre qu’il a publié et pas n’importe quoi…de l’amour (et du hasard)

Mais la scène qui précipite la chute est celle du carnaval, festif, dans une foule joyeuse et bruyante. Un silence assourdissant… Clément ne présente pas Jennifer à sa collègue de philo et à sa famille.

Là l’humiliation est publique pour Jennifer, cela dépasse la honte individuelle et elle comprend qu’elle ne peut pas être dans la lumière avec Clément !

Loïc Corbery est magnifique de glaciation « classique » tant dans sa façon de s’habiller que dans ses retranchements affectifs.

Emilie Dequesne irradie, solaire, lumineuse, aussi à l’aise sur une scène de karaoké qu’avec Clément.

Les deux paraissent assez seuls, Jennifer ne voit que ses collègues en dehors du boulot, elle se dépêche de rentrer le soir auprès de son fils. Clément sort beaucoup à Paris mais on ne sait pas s’il a des amis.

On pouvait croire un moment à l’épanouissement de cet amour…Clément montre un attachement pour cette jeune femme qui bouscule sa position de philosophe en retrait de la vie et tente de croire à cette histoire.

Le fossé le plus important est culturel, Jennifer n’a pas fait d’études, mais il ne paraît pas infranchissable. En tout cas elle ne le vit pas comme cela, lui certainement davantage même si par ailleurs il ne se l’avoue pas.

Quand Clément la nie publiquement comme s’il avait honte de la présenter et de la nommer elle reçoit une gifle magistrale et celui qui la donne ne comprend pas et ne comprendra peut-être jamais ce qu’il déclenche et ce qu'il perd...

Et elle quitte TOUT et Arras avant lui…

Wikipédia qualifie ce film de comédie romantique, on peut le voir avec une teinte  plus sociologique que psychologique, à la différence du goût des autres où le personnage joué par Anne Alvaro chemine vers la reconnaissance d’un autre qui n’était pas du tout son genre

Mais on est loin du romantisme et plus encore du conte de fée qui va abolir les barrières de classe et dans une comédie douce-amère mais plus amère que douce.

 

                                                             I will survive
 



 

 

 

 

 

 

 

samedi 20 septembre 2025

Redford le magnifique

 

Large audience sur France II mardi soir qui a programmé Out of Africa en réaction immédiate au décès de Robert Redford.

J’ai arrêté avant la fin, je n’avais pas envisagé de voir et revoir un film si long, mais peut-être le connaissant, et le film, et la fin, j’ai anticipé comme la fille d’une amie qui écoutait en boucle la chèvre de monsieur Seguin et qui stoppait le disque avant qu’elle soit mangée par le loup !

Meryl Streep a dit qu’ils ont dû faire plusieurs prises pour la scène du lavage des cheveux et que cela ne la dérangeait pas, au contraire, surtout que le choix de son partenaire a été de lui laver réellement les cheveux avec du shampoing...peut-être pas à chaque prise!

Cette scène a failli disparaître au montage, Sydney Pollack voulait la supprimer redoutant qu'elle soit perçue comme trop sentimentale!


 

Redford a tourné six autres films sous la direction de Sydney Pollack, j’aime beaucoup le premier, Propriété interdite, et la présence de Natalie Wood y est aussi pour quelque chose.

Plusieurs films ont été réalisés d’après Gatsby le magnifique de Fitzgerald. Le premier est un film muet, tourné peu après la parution du livre en 1926. Aucune copie n’a été retrouvée et le film est considéré comme perdu.

Robert Redford a été Jay Gatsby en 1974 au côté de Mia Farrow.

Des rôles très différents en 1975 avec le film d’espionnage (les trois jours du condor) et en 1976 avec le journalisme d’investigation (les hommes du président).

Il est resté dans le domaine du thriller politique dans Sous surveillance, son dernier film comme réalisateur (2012) où il met en lumière le Weather Underground et les parties de cache-cache de ses membres des décennies plus tard avec le FBI. Peu de films relatent cette période de l’histoire américaine. A bout de course (Sidney Lumet) tourné en 1988 raconte la fuite incessante d’un couple ayant appartenu au Weather Underground recherché par le FBI.

Sous surveillance commence avec l’arrestation de Sharon Solarz, jouée par Susan Sarandon et Julie Christie est l’autre figure féminine importante, deux actrices magnifiques !