mercredi 11 juillet 2012

Réflexions de cuisine



En touillant ma confiture d’abricots je m’ennuyais un peu, je pensais vaguement en remuant à une ébauche de texte que j’ai mis en pots avec ces étiquettes.

L’injustice 
Lors d’une visite à l’écomusée d’Alsace je suis restée le nez en l’air et les larmes aux yeux en visionnant cette scène terrible : un nid d’hirondelles dans lequel les oisillons attendaient avec impatience les parents qui faisaient des aller-retour continus pour nourrir un seul petit, obèse, qui avait écarté les autres, moribonds, et qui ouvrait le bec en permanence pour assouvir sa voracité (ce n’était pas un coucou) !

La persévérance
Toujours chez les piafs, deux tourterelles ont fait leur nid entre le toit et le store devant la maison de mes parents. Mon père l’a détruit plusieurs fois, et dix minutes après celui-ci est presque reconstitué par l’amoncellement de brindilles déjà récolté par ce couple tenace.

La honte 
Interview par Poujadas de  l’opposante  birmane Aung San Suu Kyi le 28 juin et les questions imbéciles commencent, s’attendait-elle à susciter une telle admiration ?…cela me rappelle quelque chose du même genre avec l’actrice chinoise Gong Li, alors ambassadrice de l’Oréal en Asie, et un journaliste du même tonneau dans la délicatesse, Guillaume Durand je crois, lui demande quel effet ça fait d’être parmi les plus belles femmes du monde. On imagine la gêne de ces deux femmes, aucun respect pour leur culture qui est à l’opposé de l’image de soi mise en avant…Poujadas a enfoncé le clou avec une question (qu’est-ce qui vous a fait tenir pendant toutes ces années ?) pour laquelle il propose d’emblée, sans vergogne, deux réponses.
La stupeur 
Election de miss Shoah en Israël

Les avancées féministes 
La science c’est aussi pour les filles ! slogan de la campagne de la Commission européenne

L’œuvre volée 
Vous ne saurez pas plus que moi de quel trésor il s’agit, j’ai pris cette photo il y a deux semaines dans une petite église du Limousin.

Les contrastes 
Encore en Limousin…
Soit deux villages, le premier Collonges-la-Rouge ; si je voulais croire que son nom était lié à une forte proportion de bouffeurs de curés (ce qui n’est pas rare dans cette région…), eh bien non ce sont les maisons toutes bâties en grès pourpre qui colorent son nom.
On ne trouve pas dans l’autre, Curemonte (rien à voir avec le curé), de nombreuses boutiques pour touristes comme dans le premier. Il faut dire qu’on y accède par une petite route et cela élimine d’ores et déjà les cars ; dans mon vieux guide vert, il n’a droit qu’à un petit paragraphe dans les environs de Beaulieu-sur-Dordogne.
Et le petit bistro où je suis allée, tout près du château, semblait bien le seul du village et n’avait pas la prétention des « jardins des thés » et autres lieux branchouilles de Collonges.
Je dirai que le premier est un fort joli bourg, certes, mais que le second a plus de charme.

Dans la même rubrique j’ai vu deux spectacles dans la semaine, l’un de danse avec Sylvie Guillem, et si je n’ai rien à redire sur la technique, mouvement perpétuel irréprochable, j’étais à la limite de l’ennui devant une prestation qui suscitait si peu d’émotion ; pour l’autre il s’agit des femmes bien en chair du cabaret new burlesque, que j’ai eu beaucoup de plaisir à revoir, après le film de Mathieu Amalric, surtout Mimi Le Meaux.
 
Le fantasme
Cette Eve au serpent devant le porche de l’Abbaye de Beaulieu laisse songeuse


Le mot 
amphigourique, il fallait que je le place, sa définition cause toute seule: qui tient de l’amphigouri, production intellectuelle confuse et incompréhensible (écrit ou discours burlesque rempli de galimatias).


Le ravissement 
Non ce n’est pas Lol V. Stein, c’est Antony (and the Johnsons) vendredi soir à Fourvière accompagné par l’orchestre de Lyon. Je l’avais découvert il y a quatre ans en achetant l’album I am a bird now. On prolonge cet envoûtement par une petite vidéo…









lundi 11 juin 2012

Sentimental océanique




Cette photo a été  prise à Munnar dans le Kerala

Je voyais un attroupement se former, un gamin tendait une corde, son père (ou supposé) plantait les poteaux, et un petit sac de jute avachi remuait dans un coin. Tout à coup j’ai eu peur, je ne voulais pas rester là, c’était comme si toutes  mes peurs  de l’Inde s’étaient cristallisées dans ce sac et je redoutais d’en voir le contenu.
Je pensais que cela pouvait être un enfant mais je craignais qu’il soit estropié, monstrueux…

A plusieurs reprises l’Inde s’était offerte en plein jour dans le plus sombre cauchemar…
La première fois, à Jaisalmer, je regardais le coucher de soleil sur la ville, un peu à l’écart pour noter quelques impressions dans mon petit carnet. Et tout à coup je le vis, un homme-araignée qui montait, ou plutôt qui rampait sur les marches pour accéder au sommet où se trouvaient les touristes. Et je ne pouvais plus voir que cela, même si je regardais furtivement, et ma terreur décuplait à l’idée qu’il s’approche de moi…

Une autre fois, dans le centre de l’Inde, j’écarquillais les yeux dans le bus pour ne rien manquer du spectacle…et je le reçus dans la rétine, un torse sans bras avec un visage posé devant une tente dans un campement, je l’ai revu tout au long du voyage dès que je fermais les yeux et longtemps après, et surtout j’avais peur de voir ce que je regardais…

En Inde du sud la tension s’était beaucoup relâchée, les mendiants près des temples ne venaient pas pour nous spécialement. Quand j’ai donné mes chaussures près d’un des grands temples bariolés du Tamilnadu, j’en ai repéré un qui avait une main monstrueuse, il nous suivait de loin, comme d’autres, mais quand il a fallu reprendre nos godasses moyennant quelques roupies, il était tout près. J’avais tout au long adopté une attitude qui me permettait de fuir les gros plans, et là mon compagnon me dit « donne lui une pièce » ce qu’il a aussitôt enregistré, quelle que soit la langue, car il m’a mis sa main sous le nez. Evidemment quelqu’un s’est fait engueuler…c’était ma manière de me protéger, fermer mes écoutilles visuelles et mentales.

Quand nous faisions un long trajet en train, je redoutais de descendre me dégourdir les jambes sur le quai, mon angoisse étant de me faire happer la cheville par un rampant  et cela doit se rapporter à un fantasme collectif puisque j’ai vu cela dans la bande dessinée  bonjour les Indes  (Dodo Ben Radis Jano).

Alors dans cette région montagneuse du Kérala, où je ne voyais plus  d’horreurs , mes défenses étaient tombées; dans cette petite foule qui se rassemblait, je voulais partir mais je restais clouée, et la fillette est sortie lentement du sac, entière, a grimpé sur la corde presque aussi tendue que moi…

 J'ai quand même pris mon appareil photo, malgré les larmes qui coulaient, sur cette gamine, sur l’Inde, sur les enfants empereurs de l’orient et de l’occident, sur moi, sur les romans sentimentaux de mon enfance, et l'impression d'être dans un chapitre de sans famille  !

dimanche 3 juin 2012

Je suis l'origine du monde


C’est difficile à concevoir, je le sais, eh bien oui je suis la femme de l’Origine du monde. Peu importe mon nom, Joanna, Louise ou Manon, peu importe que je sois simple modèle ou duchesse…J’espère seulement que quelques voyeurs se sont un jour posé la question de savoir quel visage se profile au-dessus de ce ventre féminin ?

premier cache-sexe
le deuxième d'André Masson
J’ai bien rigolé quand je séjournais chez Lacan, encore plus quand Sylvia a livré bataille pour que j’ai un cache-sexe, qui n’était pas mal, épousait bien mes courbes, une terre érotique , mieux que le premier qui avait beau être un Courbet, je m’ennuyais un peu derrière le panneau.

N’empêche j’aurais aimé que Gustave assiste à cela, son tableau! chez un grand prêtre de la psychanalyse qui a eu beaucoup de temps pour faire circuler mystères et rumeurs.

Il est vrai que j’ai pas mal galéré. Du riche collectionneur turc Khalil-Bey je suis passée au baron de Havatny, qui m’a emmenée à Budapest. A l’arrivée des nazis il m’a cachée dans une banque sous un faux nom. Les Russes m’ont capturée mais le baron m’a rachetée à un officier de l’armée rouge et je suis retournée à Paris dans le fond d'une valise diplomatique...mieux que Mata-Hari non ?

Après toutes ces aventures je suis entrée à Orsay en 1995, un peu comme on rentre au couvent! Il y avait même le ministre, un élu du sud-ouest, qui évitait de se faire photographier à mes côtés pour ne pas effaroucher ses électeurs de Lourdes !

Quelle foule au début et maintenant encore, ça défoule et refoule, certains ne font que passer, n’osent pas regarder vraiment, courent voir l'Enterrement à Ornans pour se purifier, le pire ce sont les groupes qui prennent des mines contrites et faussement gênées.
J’aimais mieux les grands dadais de la fin du XIXème qui complotaient pour m’apercevoir, qui étaient excités et ravis, eux n’avaient pas du porno à portée de clic.

Quelquefois j’ai des pensées perverses, je me prends trop la tête, je m’approprie celle de Mona Lisa et elle se retrouve au Louvre avec cette partie de son anatomie que la bienséance a toujours cachée…

J’ai l’œil sur tout, et je suis aussi vigilante que mes gardiens qui craignent qu’un allumé vienne me lacérer.
 
Et je reste là maintenant, offerte à tous et invisible, parfois lasse d’écarter les cuisses, mais toujours fière qu’un peintre de la nature, des villageois, des animaux, de la chasse, se soit aventuré plus loin encore que dans le lit de ces deux femmes enlacées dans le sommeil




mardi 29 mai 2012

Dans le grenier


La consigne était d’écrire en temps limité un texte sur l’ailleurs,
un ailleurs familier qui surgit d’une boite aux couleurs de l’enfance…



 
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle
Je me retrouve alors dans le sombre grenier.
Mes yeux s’habituent vite à cette obscurité,
Repèrent une boite sur le coffre aux dentelles.
Je pressens tout de suite que je vais l’ouvrir,
Elle m’intrigue, on dirait qu’elle m’appelle.
Je suis si impatiente, que vais-je découvrir ?
Trop de promptitude gâcherait le plaisir…
Tu hésites ! as-tu peur de ce qu’elle recèle ?
Ce n’est quand même pas la boite de Pandore !
Quel autre secret pourrait te bousculer encore ?
D’abord ton père qui n’était pas ton géniteur,
Ta mère qui si loin avait trouvé le bonheur,
T’avait mise en nourrice toute ta tendre enfance,
Pourrait-il s’ajouter encore d’autre souffrance ?
Ta main sur le couvercle, tu atermoies, tu hésites,
Un sentiment de crainte, d’excitation t’habite.
Tu sais maintenant pourquoi ce carton t’est familier,
Ouvert, LE parfum de l’enfance en sort par bouffées…
Le plumier en bois peint avec ses pauvres crayons,
La magnifique agate bleutée chipée à un garçon,
Les photos, les dessins, traces de souvenirs heureux,
Les bons points et surtout les grandes et belles images
Que tu recevais en classe, douce et triste enfant sage.
Preuves tangibles que tu étais bien dans leurs pensées,
Lettres, cartes par dizaines de tes parents absents,
Dis-toi que tu y as gagné en force et liberté
T’enivrant solitaire à tant de jeux ardents.
Capitaine de vaisseau sur une belle frégate
Avec comme moussaillon le môme de l’agate.
Tu as navigué sur tant de mers imaginaires,
 Les vraies maintenant te paraissent chimères.
Tu as découvert le frisson jouissif de la lecture
Suivant d’Artagnan dans toutes ses aventures,
Tremblant de rage quand il était roulé par Milady,
Tu palpitais quand l’amour était de la partie…
Et voici le ruban de cette jolie chatte grise
Qui cachait ses chatons au fond de la remise.
Dans un coin de la boite ce si petit carnet
Où tu notais le soir de merveilleux secrets.
Tu avais recopié cette chanson que tu aimais tant
Qui n’était pas vraiment du goût de tes parents :
« Mon histoire c’est l’histoire d’un amour,
Ma complainte c’est la plainte de deux cœurs… »
Même si tu sais qu’amour ne rime pas avec toujours
Qu’un autre être n'est pas la condition du bonheur,
Tu es contente, toi la timide intello à lunettes
D’avoir pu (ré)concilier littérature et bluettes. 

Le premier vers est emprunté à Verlaine, Après trois ans, Poèmes saturniens

lundi 16 avril 2012

Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat

la chambre jaune

J’ai revu un film d’Hitchcock, l’ombre d’un doute et c’est je crois mon préféré (et celui du Maître) avec Rebecca.

L’héroïne est une jeune fille brune (Teresa Wright, toute ressemblance avec Gene Tierney est délicieusement fortuite), très différente des blondes (bombes ?)  glacées chères au maestro où le feu couve sous la cendre ou plutôt la glace…, bref une jeune fille pure mais pas trop niaise, carrément sous le charme de son oncle (Joseph Cotten), quintessence du mal mais je ne dévoilerai pas ici en quoi il excelle, ce qui m’intéresse ce sont les rapports ambigus, incestueux, ténébreux, entre Charlie et son tonton qui porte le même prénom…
 
A la fin du film les dernières paroles de la jeune fille suggèrent qu’elle sera amoureuse de son oncle toute sa vie.
Je crois que c’est un des films les plus pervers d’Hitchcock, et cela fait du bien dans cette époque qui manque un peu de subtilités. 

Et quoi de plus agréable, par ces temps de sinistrose, de se lover au coin du feu ou sous la couette avec un bon polar. Je n’ai pas mentionné cette littérature jusqu’ici, sauf Michael Connelly quand je parlais des écrivains américains, et je n’oserai pas disserter sur le roman policier car cela m’ennuierait d’abord avant de barber les autres. Toutes les théories du genre sont réductrices et commencent souvent par la plainte : le roman policier est beaucoup lu et pas reconnu à sa juste place… quelle place ?

La seule différence est que je n’aime pas relire un polar, contrairement à certains romans, car j’imagine que le plaisir que j’ai eu ne pourra se reproduire (et bien sur cela s'est vérifié quand même car j’avais oublié avoir lu le bouquin). Les films d’Hitchcock on peut les revoir même si on connaît le dénouement.

J’aime dans le polar sa variété, son exploration des ténèbres au delà des forêts de la nuit.

Bien sur il y a les stéréotypes, Barbara Havers et  Linley, la prolo et l’aristo  (Elizabeth George), la fliquette bretonne Mary Lester bien loin d'Harry Bosch, les inspecteurs fatigués, usés, alcooliques, solitaires, irascibles, mais c’est aussi rassurant qu’ils soient fidèles à l’image qu’on attend d’eux.


Je trouve plus chichiteux certains romans noirs français croulant sous des références littéraires avec des personnages sans aucune dimension psychologique ou sociale réelle, je préfère les américains, suédois, sud-africains, anglais, chinois, islandais…et  ne goûte guère les policiers historiques. 


Et je déteste quand le coupable est en fait le policier, le shérif, la juge…quel manque d’imagination! (Seul le silence, un livre dont on a beaucoup parlé et qui commençait bien, se termine avec un épilogue tortueux ).


Une exception pour Agatha Christie : (titre du livre?)

Mais comme je voudrais qu’Hercule Poirot n’eût pas pris sa retraite et ne fût pas venu ici cultiver des citrouilles !


samedi 7 avril 2012

La petite Sophie

A l’heure où l’on lorgne du côté des petites filles[1] en rose en tout cas dans la mode et les jouets, à l’heure où la série des Martine reprend de la vigueur dans certains magasins, il est un jouet qui a fêté ses cinquante ans l’an dernier, qui n’est pas ciblé garçon ou fille, je veux parler de Sophie la girafe. 


bon d'accord c'est facile...



Savez-vous pourquoi elle s’appelle Sophie ? pas à cause de la Comtesse de Ségur, tout simplement car elle est née un 25 mai. Elle est toujours aussi pimpante et n’a pas pris une ride sur sa robe tachetée. Elle a eu un petit lifting à 20 ans pour se prêter aux normes de sécurité, sa tête a légèrement enflé et ses pattes ont été recourbées.


A l’occasion de son anniversaire Plantu a fait un dessin très drôle dans le Monde: au forum de Davos  on voit un Chinois plein de billets devant une courbe de croissance de son pays plus qu’exponentielle face à Nicolas Sarkozy disant : la Chine n’a qu’à bien se tenir ! Nous, on vient de fêter les 50 ans de Sophie la girafe (bon je laisse quand même mon commentaire, je ne savais pas si je pouvais importer le dessin) !
En 2010 la cinquante millionième est sortie de l'usine selon un processus complexe plus proche de l'artisanat que de l'industrie puisqu'il ne faut pas moins de 14 opérations manuelles pour la réaliser.

deux grandes Sophie
Monsieur Rampeau, son inventeur, spécialiste pour transformer la sève de l’hévéa par le concept du rotomoulage du caoutchouc pour les jouets (ça c’est dans la notice), a voulu fabriquer autre chose qu’un animal domestique. 

Et le grand malheur de Sophie c’est lorsque les bébés commencent à faire leurs dents !


[1] Essai démonstratif de Elena Gianini Belotti paru en 1973 sur l’influence des stéréotypes sociaux, le conditionnement des petites filles…

lundi 2 avril 2012

Notes du hasard

Il est fréquent qu’on vous parle de quelqu’un, un mot nouveau, un écrivain qui vous était inconnu, un fait historique étonnant, un lieu emblématique, un prénom… et pof, 3 fois dans la même semaine ou 2 fois le même jour, y’en a plus que pour lui ou elle ou cette chose…
 
C’est le cas de Sei Shonagon, dame d’honneur de la princesse Sadako dans le Japon du XIè siècle : ses notes de chevet appartiennent au genre soshi qui ne se mangent pas tout crus mais sont des écrits intimes sous forme de tableaux, portraits, listes, inventaires...

Un exemple :
Choses qui font battre le cœur
Des moineaux qui nourrissent leurs petits.
Passer devant un endroit où l’on fait jouer de petits enfants.
Se coucher seule dans une chambre délicieusement parfumée d’encens.
S’apercevoir que son miroir de Chine est un peu terni.
Un bel homme, arrêtant sa voiture, dit quelques mots pour annoncer sa visite.
Se laver les cheveux, faire sa toilette, et mettre des habits tout embaumés de parfum. Même quand personne ne vous voit, on se sent heureuse, au fond du cœur.
Une nuit où l’on attend quelqu’un. Tout à coup, on est surpris par le bruit de l’averse que le vent jette contre la maison.

Eh bien j’en ai entendu parler pour la première fois il y a quelques semaines.  Hier matin je tombe au chapitre « inventaires » dans ma  petite fabrique de littérature , tome 1 je précise car c’est le meilleur, que je possède depuis des lunes et qui est un bijou de ressources, d’où le libellé principal de ce blog, bref je tombe disais-je sur des listes de la compagne de la princesse et le soir dans un petit livre sur le Japon que je commence « Au Japon ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime » (Eléna Janvier) dame Shonagon est citée entre autres pour son appréciation sur les dents bien noircies (qui égayaient l’âme) et également dans Lire du mois dernier dans lequel le Japon est à l’honneur.

L’autre aspect semble partir de votre fait, vous exhumez un auteur, un livre, très connu mais franchement pas à la mode, carrément dans les limbes, que vous aimiez et pour lequel vous éprouvez, comme pour votre vieux nounours, un regain d’affection et ô surprise vous en entendez parler de plus en plus, un film, une pièce de théâtre, des mugs à son effigie que sais-je encore ? et vous restez là n’osant dire que vous y pensiez avant cette déferlante…j’avais plein d’exemples et maintenant que je veux les exprimer ils se défilent, ma mémoire me joue des tours et des détours comme dirait Sigmund, si j'en tiens un, il y a 3 ou 4 ans, j'avais cru "découvrir" le Requiem de Fauré et il était partout.. .


Bon là je pense à Romain Gary et particulièrement à La promesse de l’aube qui est pour moi un capolavoro dei capolavori, ça sonne bien en italien…J’ai entendu un acteur sur FI qui jouait à Paris dans une pièce tirée du livre, visiblement il aimait beaucoup Gary et peut-être que le vent Gary va se mettre à souffler…

Si c’est pour raconter plein de trucs intimes sur sa vie (sauf qu'il en connait un rayon sur l'imposture!), son fils a fait un film, il couchait avec Unetelle, aucun intérêt ; si c’est pour montrer quel grand romancier il est c’est déjà mieux et les jeunes et moins jeunes de la cité auraient bien plus à glaner dans ses pages, celles de chien blanc en particulier, que dans la grosse vague démagoulinante d’Intouchable.

 
Je transcris ce passage dans lequel Gary relate la visite d’adieu que sa mère est venue lui faire à la mobilisation, elle descend du taxi, après 5h de route,  une gauloise aux lèvres et ouvre les bras à son fils, peu enclin à ce type de manifestation devant les autres troufions.

« …elle s’exclama, d’une voix que tout le monde entendit, et avec un fort accent russe :
-         Guynemer ! Tu sera un second Guynemer ! Tu verras, ta mère a toujours raison !…
-         - Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele d’Annunzio, Ambassadeur de France- tous ces voyous ne savent pas qui tu es !

Je crois que jamais un fils n’a haï sa mère autant que moi, à ce moment là. Mais, alors que j’essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu’elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l’Armée de l’Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j’entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports :

-         Alors, tu as honte de ta vieille mère ? »