dimanche 14 octobre 2012

Un dimanche à la consigne


 Il faisait beau dans ma tête. J’avais décidé de passer mon dimanche au bord des mots. Je voulais profiter de cette parenthèse solitaire, de ce ciel lourd et gorgé de pluie, faire comme si le téléphone et l’ordinateur étaient en panne, et alterner, dans ce programme, lecture et écriture. La première pour sortir de moi-même et grappiller chez les autres quelques effluves d’idées, d’atmosphère, la seconde pour me blottir sous la couette des mots, des rêveries, des fantasmes… mots au hasard Balthazar, mots pour ne rien dire, mots pour rire, mots pour faire danser, tourbillonner, mots pour conjurer l’ennui et l’oubli, mots précieux enveloppés dans leur petit sachet, mots secrets à chuchoter dans le noir, mots fous et feux follets, mots douceur qui réchauffent avant l’hiver, mots à déguster sans perdre une miette, des mots pour me trouver un abri le long des fleuves impassibles

dimanche 23 septembre 2012

Vaghe stelle dell’Orsa


Je n’avais pas 6 ans la première fois que papa m’emmena au cinéma et  j’ai déjà signalé dans ce blog que cette découverte était d’abord celle du cinéma italien.

Je ne vais pas faire une rétrospective de la production néoréaliste de la péninsule, juste évoquer quelques films et surtout les actrices, belle et bellissime.

Le festival Lumière qui démarre dans quelques semaines projette plusieurs films de Vittorio De Sica, Le voleur de bicyclette bien sur mais aussi Sciuscia, Umberto D, Un monde nouveau, Mariage à l’italienne et Una breve vacanza.

L’autre Italien du programme c’est Rossellini avec Voyage en Italie. Dans ce film c’est la Bergman qui joue et c’est là que je mentionne le premier duo réalisateur et actrice. Il s’agit d’un duo mixte Hollywood Cinecittà, plus tourmenté que ceux de Fellini /Giulietta Masina et Monica Vitti /Antonioni.

Rossellini je voudrai citer Rome ville ouverte surtout pour la Magnani et évoquer quelqu’un de peu connu, Giovanna Ralli, pour un film au titre mystérieux Les évadés de la nuit (non ce n’est pas Nicholas Ray c’est bien Rossellini).

le n° 5 de Fellini
Une petite séquence Fellini, qui occupait ce studio à Cinecittà. La strada est sortie en 1954 ; elle a été vivement attaquée par la critique de gauche pour avoir perverti et trahi le néoréalisme…
Un film, parce qu’il s’appelle Le chemin de l’espérance de Pietro Germi, 1950
Une actrice, parce qu’on dit la Pampanini, Silvana de son prénom.

Une mention spéciale à Silvana Mangano, et quel contraste entre la Silvana débutante de riz amer (Giuseppe De Santis, 1949), en mondine (femmes venues de toute l’Italie qui vont repiquer dans l’eau les plants de riz) et La Mangano bourgeoise mondaine de Violence et Passion ou l'aristocrate mère de Tadzio dans Mort à Venise.


Une autre à Claudia Cardinale dans le bel Antonio de Mauro Bolognini. Ce film est sorti en 1960, quelques semaines après la dolce vita et l’image du séducteur en prend un sacré coup pour Marcello Mastroianni, il incarne un homme terrorisé par son impuissance et son entourage machiste. Il raconte cette anecdote. « Un an ou deux après la sortie du film, le Brésil ou l’Argentine, je ne m’en souviens plus, a acheté aux Etats Unis un vieux navire de guerre, mais il n’a jamais fonctionné : alors ils l’ont surnommé El bel Antonio ; il ne marchait pas ! ». Ce film, dont le scénariste était un certain Pasoloni, a eu le Léopard d’or au festival de Locarno en 1960 et Jacques Charrier avait bien fait de refuser le rôle !


Toujours Claudia dans Sandra de Visconti (1965), avec le beau Jean Sorel, ténébreux dans ce film trouble aux accents incestueux. Le titre de cette note est le nom italien du film, Pâles étoiles de la Grande Ourse.













vendredi 7 septembre 2012

RATP blues



Adèle dans le métro


J’ai toujours été fascinée par le métro parisien, peut-être l’ai-je d’autant apprécié, jeune provinciale débarquant à Paris, car il me permettait d’avoir des repères (ah la ligne 1 talisman des lyonnais) et de ne pas me sentir complètement plouc. J’aime particulièrement les noms des stations, c’est un peu le grand canal souterrain de la capitale…


 
J’t’ai vue à Bonne Nouvelle
Ah ce que t'étais belle !
En arrivant Place d’Italie
Tu m’as dit t’appeler Zazie
A la  mairie des Lilas
Tu m’as tendu les bras
A la station Pyrénnées
Tu m’as donné un baiser
A Réaumur-Sébastopol
T’étais toute fo-folle
A St Philippe du Roule
Tu t’es mise en boule
A la sortie Trocadero
C’était pas très rigolo
Et à Rochechouard
Tu m’as laissé choir




mercredi 29 août 2012

Cet été dans ma valise j’ai rapporté


Un bouddha pour rester éveillée
Un moulin à prières pour endormir le meunier
Une robe safran pour épicer le quotidien
Des tankas pour m’éditer
au temple d'or d'Amritsar
Une tasse de Leh pour mon persan
Un bol chantant pour les matins tristes
Un couteau sikh pour ouvrir mes chakras
Le roi de l'Himalaya c'est TATA
Des lamas doués pour apprendre à léviter
Un camion TATA pour mon oncle




Une Royal Enfield pour le roi de la Ducati
Et the queen c'est MAGGI
Un bouillon Maggi pour la potion du soir
Un Shiva ravi pour échapper au charivari
Un yack pour mon petit lapin canadien
Un panda roux de l’Himalaya pour l’autre lapereau

Et une chèvre pashmina pour tenir chaud à mon mouton tiens !




dimanche 29 juillet 2012

Papotages et framboises


En touillant la framboise je rêvassais à une nouvelle mise en pots…



La déception 
le film de Leos Carax, holly motors, je n’en dirai pas plus car je ne veux pas me faire lyncher par des faninternautes susceptibles, cependant j’aggrave mon cas en disant que ce n’est pas vraiment une déception car je n’en attendais pas grand chose, en tout cas pas autant que le landerneau cannois et parisien…

En revanche c’est une réelle déception que l’avant dernier Connelly, les neuf dragons, dans lequel Harry Bosch, sous prétexte qu’il est père, que sa fille se fait enlever, est prêt à dégommer tout ce qui se met en travers de son chemin à Hong-Kong.

La joke
la JOC le 1er mai
Staline interroge le soleil le matin « dis moi soleil suis-je toujours le plus grand ?» et le soleil « oui Staline tu es toujours le plus grand », rebelote à midi « suis-je toujours le plus fort ? et le soleil dans son zénith en remet une couche « oui Staline tu es le plus fort et le plus aimé aussi, ce n’est pas pour rien qu’on t’appelle le petit père des peuples… », et Staline continue son addiction en se tournant à nouveau vers l’astre déclinant, et le soleil de répondre à la 3ème injonction « ah Joseph tu es un véritable malade, complètement chtarbé, et puis je t’emmerde je suis passé à l’ouest ».

Le prénom
Térébentine, sans h c'est plus écologique

Un dessert
chez une amie avec fruits rouges du jardin, crumble aux abricots cueillis sur l’arbre et fromage blanc… divent et succulin !




La philologie
passer du coq à l’âne, j’aime beaucoup l’interprétation de clocher, vraie ou fausse je ne sais, das ist egal, qui dit que l’Alsace a depuis 1870 oscillé entre l’Allemagne et la France et le coq c'est der Hahn en allemand…

Le livre
j’avais découvert Russel Banks avec sous le règne de Bone  dans lequel il se met dans la peau d’un adolescent de 14 ans. Dans son dernier, lointain souvenir de la peau, il met à nu les dérives du politiquement et sexuellement correct à travers un jeune adulte qui a grandi dans l’univers virtuel du porno. 

Les chroniques sociales du JT de France 2, avec des titres aussi alléchants que : l’amitié est-elle possible entre un homme et une femme, l’autorité parentale, lutter contre la dyslexie, sauver le couple, les internats d’été, la séparation de frères siamois…

Campagne espagnole
Il s’agit d’un vote qui a eu lieu près de Barcelone, à Rasquera. Le maire de cette commune a demandé à ses électeurs d’approuver ou non par référendum l’implantation et la culture de cannabis sur les terres du village. Ces derniers ont été à 60% favorables. 

Une photo
La Meije sortant des nuages à partir du bistrot de la Grave


Le coup de cœur
le troisième film de Xavier Dolan, Laurence Anyways,  avec Melvil Poupaud 

La chanson
elle est dans le film, j’aime cette chanson que j'écoute depuis longtemps, ni trop tôt ni trop tard, écrite par Cyrus Bassiak et chantée par Jeanne Moreau. Je viens de la trouver sur la toile et je suis ravie de vous la faire découvrir.




mercredi 11 juillet 2012

Réflexions de cuisine



En touillant ma confiture d’abricots je m’ennuyais un peu, je pensais vaguement en remuant à une ébauche de texte que j’ai mis en pots avec ces étiquettes.

L’injustice 
Lors d’une visite à l’écomusée d’Alsace je suis restée le nez en l’air et les larmes aux yeux en visionnant cette scène terrible : un nid d’hirondelles dans lequel les oisillons attendaient avec impatience les parents qui faisaient des aller-retour continus pour nourrir un seul petit, obèse, qui avait écarté les autres, moribonds, et qui ouvrait le bec en permanence pour assouvir sa voracité (ce n’était pas un coucou) !

La persévérance
Toujours chez les piafs, deux tourterelles ont fait leur nid entre le toit et le store devant la maison de mes parents. Mon père l’a détruit plusieurs fois, et dix minutes après celui-ci est presque reconstitué par l’amoncellement de brindilles déjà récolté par ce couple tenace.

La honte 
Interview par Poujadas de  l’opposante  birmane Aung San Suu Kyi le 28 juin et les questions imbéciles commencent, s’attendait-elle à susciter une telle admiration ?…cela me rappelle quelque chose du même genre avec l’actrice chinoise Gong Li, alors ambassadrice de l’Oréal en Asie, et un journaliste du même tonneau dans la délicatesse, Guillaume Durand je crois, lui demande quel effet ça fait d’être parmi les plus belles femmes du monde. On imagine la gêne de ces deux femmes, aucun respect pour leur culture qui est à l’opposé de l’image de soi mise en avant…Poujadas a enfoncé le clou avec une question (qu’est-ce qui vous a fait tenir pendant toutes ces années ?) pour laquelle il propose d’emblée, sans vergogne, deux réponses.
La stupeur 
Election de miss Shoah en Israël

Les avancées féministes 
La science c’est aussi pour les filles ! slogan de la campagne de la Commission européenne

L’œuvre volée 
Vous ne saurez pas plus que moi de quel trésor il s’agit, j’ai pris cette photo il y a deux semaines dans une petite église du Limousin.

Les contrastes 
Encore en Limousin…
Soit deux villages, le premier Collonges-la-Rouge ; si je voulais croire que son nom était lié à une forte proportion de bouffeurs de curés (ce qui n’est pas rare dans cette région…), eh bien non ce sont les maisons toutes bâties en grès pourpre qui colorent son nom.
On ne trouve pas dans l’autre, Curemonte (rien à voir avec le curé), de nombreuses boutiques pour touristes comme dans le premier. Il faut dire qu’on y accède par une petite route et cela élimine d’ores et déjà les cars ; dans mon vieux guide vert, il n’a droit qu’à un petit paragraphe dans les environs de Beaulieu-sur-Dordogne.
Et le petit bistro où je suis allée, tout près du château, semblait bien le seul du village et n’avait pas la prétention des « jardins des thés » et autres lieux branchouilles de Collonges.
Je dirai que le premier est un fort joli bourg, certes, mais que le second a plus de charme.

Dans la même rubrique j’ai vu deux spectacles dans la semaine, l’un de danse avec Sylvie Guillem, et si je n’ai rien à redire sur la technique, mouvement perpétuel irréprochable, j’étais à la limite de l’ennui devant une prestation qui suscitait si peu d’émotion ; pour l’autre il s’agit des femmes bien en chair du cabaret new burlesque, que j’ai eu beaucoup de plaisir à revoir, après le film de Mathieu Amalric, surtout Mimi Le Meaux.
 
Le fantasme
Cette Eve au serpent devant le porche de l’Abbaye de Beaulieu laisse songeuse


Le mot 
amphigourique, il fallait que je le place, sa définition cause toute seule: qui tient de l’amphigouri, production intellectuelle confuse et incompréhensible (écrit ou discours burlesque rempli de galimatias).


Le ravissement 
Non ce n’est pas Lol V. Stein, c’est Antony (and the Johnsons) vendredi soir à Fourvière accompagné par l’orchestre de Lyon. Je l’avais découvert il y a quatre ans en achetant l’album I am a bird now. On prolonge cet envoûtement par une petite vidéo…









lundi 11 juin 2012

Sentimental océanique




Cette photo a été  prise à Munnar dans le Kerala

Je voyais un attroupement se former, un gamin tendait une corde, son père (ou supposé) plantait les poteaux, et un petit sac de jute avachi remuait dans un coin. Tout à coup j’ai eu peur, je ne voulais pas rester là, c’était comme si toutes  mes peurs  de l’Inde s’étaient cristallisées dans ce sac et je redoutais d’en voir le contenu.
Je pensais que cela pouvait être un enfant mais je craignais qu’il soit estropié, monstrueux…

A plusieurs reprises l’Inde s’était offerte en plein jour dans le plus sombre cauchemar…
La première fois, à Jaisalmer, je regardais le coucher de soleil sur la ville, un peu à l’écart pour noter quelques impressions dans mon petit carnet. Et tout à coup je le vis, un homme-araignée qui montait, ou plutôt qui rampait sur les marches pour accéder au sommet où se trouvaient les touristes. Et je ne pouvais plus voir que cela, même si je regardais furtivement, et ma terreur décuplait à l’idée qu’il s’approche de moi…

Une autre fois, dans le centre de l’Inde, j’écarquillais les yeux dans le bus pour ne rien manquer du spectacle…et je le reçus dans la rétine, un torse sans bras avec un visage posé devant une tente dans un campement, je l’ai revu tout au long du voyage dès que je fermais les yeux et longtemps après, et surtout j’avais peur de voir ce que je regardais…

En Inde du sud la tension s’était beaucoup relâchée, les mendiants près des temples ne venaient pas pour nous spécialement. Quand j’ai donné mes chaussures près d’un des grands temples bariolés du Tamilnadu, j’en ai repéré un qui avait une main monstrueuse, il nous suivait de loin, comme d’autres, mais quand il a fallu reprendre nos godasses moyennant quelques roupies, il était tout près. J’avais tout au long adopté une attitude qui me permettait de fuir les gros plans, et là mon compagnon me dit « donne lui une pièce » ce qu’il a aussitôt enregistré, quelle que soit la langue, car il m’a mis sa main sous le nez. Evidemment quelqu’un s’est fait engueuler…c’était ma manière de me protéger, fermer mes écoutilles visuelles et mentales.

Quand nous faisions un long trajet en train, je redoutais de descendre me dégourdir les jambes sur le quai, mon angoisse étant de me faire happer la cheville par un rampant  et cela doit se rapporter à un fantasme collectif puisque j’ai vu cela dans la bande dessinée  bonjour les Indes  (Dodo Ben Radis Jano).

Alors dans cette région montagneuse du Kérala, où je ne voyais plus  d’horreurs , mes défenses étaient tombées; dans cette petite foule qui se rassemblait, je voulais partir mais je restais clouée, et la fillette est sortie lentement du sac, entière, a grimpé sur la corde presque aussi tendue que moi…

 J'ai quand même pris mon appareil photo, malgré les larmes qui coulaient, sur cette gamine, sur l’Inde, sur les enfants empereurs de l’orient et de l’occident, sur moi, sur les romans sentimentaux de mon enfance, et l'impression d'être dans un chapitre de sans famille  !