lundi 16 mai 2016

ciel bas et lourd

pas beaucoup inspirée, les ombres du soir l'emportent sur le jeu de l'écriture et j'ai un peu oublié les règles, alors je vais faire parler les poètes

  avec Wislawa Szymborska

Certains aiment la poésie (recueil : de la mort sans exagérer)


Certains - 
donc pas tout le monde.
Même pas la majorité de tout le monde, au contraire.
Et sans compter les écoles, où on est bien obligé,
ainsi que les poètes eux-mêmes,
on n'arrivera pas à plus de deux sur mille.
Aiment - 
mais on aime aussi le petit salé aux lentilles,
on aime les compliments, et la couleur bleue,
on aime cette vieille écharpe,
on aime imposer ses vues,
on aime caresser le chien.
La poésie - 
seulement qu'est-ce que ça peut bien être.

Plus d'une réponse vacillante 
fut donnée à cette question.
Et moi-même je ne sais pas, et je ne sais pas, et je m'y
accroche
comme à une rampe salutaire.   


de la légèreté et de l'imprévu chez les "classiques"

Au bord de l’eau

recueil : les vaines tendresses

S'asseoir tous deux au bord d'un flot qui passe,
Le voir passer ;
Tous deux, s'il glisse un nuage en l'espace,
Le voir glisser ;
À l'horizon, s'il fume un toit de chaume,
Le voir fumer ;
Aux alentours, si quelque fleur embaume,
S'en embaumer ;
Si quelque fruit, où les abeilles goûtent,
Tente, y goûter ;
Si quelque oiseau, dans les bois qui l'écoutent,
Chante, écouter...
Entendre au pied du saule où l'eau murmure
L'eau murmurer ;
Ne pas sentir, tant que ce rêve dure,
Le temps durer ;
Mais n'apportant de passion profonde
Qu'à s'adorer ;
Sans nul souci des querelles du monde,
Les ignorer ;
Et seuls, heureux devant tout ce qui lasse,
Sans se lasser,
Sentir l'amour, devant tout ce qui passe,
Ne point passer !


René-François Sully Prudhomme



Je ne résiste pas à l'air du pauvre Lélian

 

Je suis venu, calme orphelin

Je suis venu, calme orphelin,
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m'ont pas trouvé malin.

À vingt ans un trouble nouveau
Sous le nom d'amoureuses flammes
M'a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m'ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l'étant guère,
J'ai voulu mourir à la guerre :
La mort n'a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu'est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard !

Paul Verlaine
Sagesse - 1881



Au musée d'Aix-les-Bains j'ai eu la bonne surprise de découvrir un Lebasque et plusieurs Rodin.
Dans la série des oeuvres volées pas de nouvelles d'une statue de Boucher "Camille Claudel lisant"  dérobée il y a 15 ans.




Les dorures art-déco du Casino font un drôle de ménage avec les machines à sous. 

Une sortie honorable avec l'Art poétique de Boris Vian

Il est évident que le poète écrit
Sous le coup de l'inspiration
Mais il y a des gens à qui les coups ne font rien 



 


mardi 5 avril 2016

Mais Pâqueu..............



Les lapins et les œufs de Pâques c’est fini, quelques soldes dans les supermarchés mais il est une expression, de plus en plus usitée, qui me rappelle le temps des cloches et du chocolat, pas celui de la recherche enfantine.

Je l’ai encore entendue à midi dans la bouche d’une journaliste de France Inter à propos de manifestants qui « dénoncent la loi travail mais pas que… ».

Je vous rassure on ne saura rien du reste, cette formule tic/toc est comme un clic/clac, elle ferme l’accès à la pensée et ne donne même pas à son utilisateur feignasse le goût de développer l’argument contradictoire qu’il promet dans sa syntaxe épurée. Cela sent son incompétence, mais pas seulement, cela frôle aussi la faute professionnelle.

Imaginons le désastre si l’épidémie gagne du terrain :

littérature : Nabokov a écrit Lolita mais pas que

cinéma : Rosalie aime César mais pas que, et avé l’accent : Marius aime Fanny mais pas que

chez le médecin : vous avez une angine mais pas que

Mistinguett : j’ai deux amours, mon pays mais pas que…

au restaurant : vous avez du tablier de sapeur, des rougets marinés mais pas que

brève de comptoir : c’est un homme qui aime les femmes mais pas que
Jérôme Cahuzac: j'avais un compte en Suisse mais pas que
musique: dans cet orchestre il y a des cuivres, des cordes... mais pas que.

Ces trois petites notes peu musicales révèlent une pauvreté langagière développée surtout chez ceux qui sont supposés maîtriser la langue, une vacuité abyssale de l’élaboration de la pensée et un mimétisme de cour de récréation.

Si on était dans le domaine de la cuisine, je dirais pour paraphraser celui qui défendait la bonne bouffe « mais c’est de la merde ! ».

Et faut-il le répéter à tous ces fâcheux, comme le fait si bien Muriel Barbery dans l’élégance du hérisson, la grammaire est « un accès à la structure et à la beauté de la langue ».

J’imagine le désarroi des journalistes étrangers comprenant parfaitement le français recevant des dépêches de « mais pas que », parfois on les trouve à l’écrit, isolés,  prétendant former une phrase!
Pas besoin de science-fiction pour évoquer Orwell:
"Le but du novlangue était, non seulement de fournir un mode d'expression aux idées générales et aux habitudes mentales des dévots de l'angsoc, mais de rendre impossible tout autre mode de pensée".

Un petit rappel de prof de français d’un autre siècle, « ce qui se conçoit bien s’énonce clairement » et quelques vers de Racine pour le plaisir et la musique avant toute chose…


Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même

Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,

Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?

Que le jour recommence et que le jour finisse

Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,

Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?

jeudi 18 février 2016

Plaidoyer pour le cynisme




Riri, Fifi et Loulou ont monopolisé les écrans ces dernières semaines. On se souvient que les neveux de Donald étaient des petites pestes qui ont évolué à l’adolescence en Castors juniors canetons responsables.


Ils ont même écrit un Manuel, source inépuisable de connaissance et de réponses à toutes les questions de la vie quotidienne ; ils l’ont présenté de pars le monde, se sont reposés et dans leur maturité resplendissante ont produit un nouvel ouvrage, trois amis en quête de sagesse.

Ces trois cuisiniers de la spiritualité se sont un peu spécialisés, le plat de résistance de Fifi est l’estime de soi, celui de Loulou la joie et Riri a depuis longtemps mijoté des mélanges scientifiques d’altruisme et de méditation.
Les joyeux marmitons ont mis en commun leurs ingrédients et touillent et touillent et délayent la sauce.

Le Manuel, œuvre de jeunesse inspirée des mouvements scouts avait pour buts la transmission du savoir et la préservation de l’environnement.
Leur dernier tome se dilue dans la grande soupe qui privilégie le témoignage individuel de ceux qui sont assez bienveillants pour penser pour les autres et paradoxalement, se coule dans une forme de narcissisme sirupeux.
Si à l’origine les bouquins de cuisine étaient l’apanage de la ménagère soucieuse du bien-être et du bonheur des siens, nos Castors ne craignent pas de dévoiler leurs recettes de bonheur et de sagesse non seulement aux journalistes qui les font mettre à table à satiété mais aussi au monde entier. Cela me fait penser à la religion qui ne devrait jamais quitter la sphère privée et cela manque cruellement d’humilité et d’épices. 


de spiritualité bien sur...