samedi 11 mai 2013

La geste de Persée


Danaé et Persée recueillis par un pêcheur
Persée est le fils de Danaé, enfermée par son père Acrisios, à qui l’oracle avait prédit qu’il serait tué par son petit-fils. Zeus parvint à s’unir à elle, sous la forme d’une pluie d’or…plus tard réfugiés sur l’île de Sériphos, la belle Danaé attire les hommages de Polydecte, le roi de l’île, qui cherche à se débarrasser de Persée et lui laisse entendre qu’il souhaite plus que tout comme présent à son prochain mariage la tête de Méduse.

Et elles sont trois, les gorgones; elles ont des ailes.
Une chevelure hérissée de serpents et funeste aux mortels.
Leur vue enlève à l’homme le souffle de la vie.

Ce petit préambule pour planter le décor, la consigne étant les réflexions de Persée, un arrêt sur image avant d’occire le monstre.

Jusque là Persée ne s’était jamais arrêté pour réfléchir ou prendre une décision, tout semblait couler et découler de ses actes qui s’enchaînaient dans une suite logique. Et là le dernier enchaînement lui parut comporter une anomalie, pourtant c’est lui ce grand nigaud qui avait proposé à Polydecte de lui rapporter comme présent la tête de Méduse. En même temps il se dit qu’il était temps de quitter la toge de sa maman, et trancher la gorge de Méduse c’était autre chose que répondre aux questions de la Sphynge… décidément toutes ces créatures malfaisantes étaient féminines, heureuse Athéna qui lui apportait sa clarté au-milieu de ces forces obscures. L’épreuve avec les vieilles biques, les Grées, n’a pas été si terrible, c’est leur vue qui lui foutait la trouille, un vrai film d’horreur qu’il s’est efforcé d’oublier très vite…Et pouvoir s’envoler, littéralement, pour atteindre sa destination, quel moyen merveilleux de chasser les mauvaises pensées et quel sentiment de puissance ! Pourtant en arrivant sur cette île où tout semblait mort et pétrifié, les végétaux comme les animaux, un air glacé lui a parcouru l’échine, comme un aperçu de ce qui l’attendait s’il manquait son coup. Athéna, toujours bienveillante, lui a susurré laquelle était Méduse, il l’avait bien dans son champ de vision, il avait repéré quelle trajectoire il devait accomplir pour se retrouver face à elle, il avait même anticipé comment il devait placer son bouclier, son glaive, pas de fausse manœuvre pour se retrouver pris dans le regard de la Gorgone…Ce n’est pas la peur qui le cloue sur place un instant qui lui paraît une éternité, ses sandales ne sont pas rivées au sol, c’est plutôt une hésitation qu’il vit comme salutaire et qu’il redoute aussi de voir se prolonger…car Méduse peut se réveiller, changer de place et Athéna perdre patience de protéger un tel indécis.

Non, ce qui l’interrompt dans son élan, c’est le déroulement du cours de sa vie, qui apparaît en instantané avec cette prédiction originelle, ce putain d’oracle ! Sa mère ne le sait pas, mais il la connaît l’histoire funeste…le meurtre du père ce n’est pas possible, tuer Zeus ce serait le tabou suprême et puis c’est déjà pris avec Œdipe…non lui on lui a refilé dans la grande roue du destin la carte « tuer le grand-père » dans cette loterie où les devins font la loi pour le plus grand plaisir des dieux qui s’ennuient, c’est pour cela qu’ils prennent partie pour les pôvres humains, et la sollicitude d’Athéna n’est certainement pas dénuée d’une envie de faire bisquer une autre déesse ou Zeus…et Danaé sa mère aimante , craintive, une autre carte d’un destin lié au sien.

Non il n’est pas persécuté (sic !), ses cartes joker ne sont pas des ploucs, Hermès, Hadès, Athéna, mais tout cela sent quand même à plein nez sa tragédie et il sait très bien pourquoi Polydecte, encore un jaloux, l’a envoyé sur ces rivages inhospitaliers.

Il sent au fond de lui qu’il sera victorieux, c’est une appréhension qui suspend son geste car sa victoire impliquera venir à bout de cette saloperie d’oracle, il tuera la méchante mais ensuite il ne sait ni comment ni pourquoi ce sera le tour du roi Acrisios son grand-père.

C’est là qu’une sourde révolte gronde de plus en plus fort dans ses entrailles, y’en a marre de ces oracles à la con…juste bons à faire grimper l’audimat à Delphes les nuits de pleine lune et à faire le bonheur des éleveurs de poulets. Bon d’accord le monde sera débarrassé de cette vieille toupie et de ses serpents ; mais à part son île qu’elle a bétonnée du regard elle ne fait pas grand mal. Et savoir qu’elle existe permettait (tiens il se parle au passé comme s’il l’avait déjà occis) au moins de localiser le mal dans un endroit précis. Une autre question le taraude, décidément ça carbure un peu trop, il aurait du naître un peu idiot, c’est moins fatigant, action !exécution ! comme cet imbécile d’Hercule, tout en muscles mais le cerveau proche de l’huître…quel est le rôle de Zeus dans tout ça ? quel est son intérêt ? violer des mortelles (séduire dit l’euphémisme) ça on a compris que c’était un dieu qui avait tout du bouc mais après où est son plaisir?... suivre les tribulations de ses rejetons, demi-dieux certes, mais souvent ballottés et fracassés dans leur existence écrite, imaginée par le divin seigneur de l’Olympe et relayée par les devins; et ces rois avides et querelleurs, de Laios à Acrisios, ne sont-ils pas les pâles doublures de ces dieux joueurs et brutaux ? A cette étape de sa réflexion Persée ne peut continuer, sa tête commence à bouillonner et il a certainement aussi chaud que l’autre avec ses reptiles hérissés… Il est temps de fermer le robinet des pensées. Ce n’est pas maintenant ni peut-être jamais qu’il peut déjouer et rejouer son destin, Hermès et toute la bande ne verraient pas d’un bon œil son retour peu glorieux de pleutre. Il essaie de ne pas se mentir à lui-même en se répétant que ce n’est pas la trouille qui l’empêche de…d’ailleurs il n’est pas empêché du tout, il se dit juste qu’avant de partir il n’a pas embrassé sa mère, trêve de sensiblerie, ce n’est pas pour autant un présage de mauvais augure. Mais s’il est, bien qu’il s’en défende, un héros conditionné par son histoire déjà écrite, il sait que vouloir échapper à son destin ne fait qu’embrouiller les cartes et se marrer encore plus ceux qui connaissent déjà la fin…

 

Alors il respire un grand coup, met son casque, prend appui fermement sur le sol, oriente son bouclier, fait un petit saut et prend son envol vers cette harpie chevelue qui n’est plus pour lui qu’un reflet de ses sombres pensées.




samedi 4 mai 2013

Abécédaire littéraire

peu d'inspiration depuis Manderley  
la plume est à sec et peu vagabonde
toujours la ressource de l'alphabet
pour ouvrir les portes du monde...

a auteur, amour, adultère, autre, angoisse, allégorie, accouchement, amitié   
b boulimie, biographie, Brontë (sœurs), bibliothèque, babouchka 
c conte, cinéma, cigarette, café, critique, célébrité, censure, curiosité, copie, calligramme, Céline
d  description, désir, douleur, Dumas, dictée, dictionnaire
e écrivain, ego, érotisme, euphémisme, épigramme, épilogue, envie, échec, étymologie, emprunt
f feuille (blanche), figure(s), fantasme, fantastique, fiction, folie
g genèse, grammaire (et chanson douce), gloire, Gatsby, glaner, glossaire
h honte, haine, héros, hasard, haïku
i inspiration, imagination, incipit, inconscient, image, intrigue, imbroglio, imposture, ivresse, intime, insolite, idée
je, jeu, jouissance, jalousie, jazz
k kaléidoscope, karma, Karénine, Kali
l  lettre, lire, lecteur, libraire, litote, langage, logorrhée, liaison, Lolita
m mots, muse, métaphore, marivaudage, mystification, mensonge, mythe, mystère, Maupassant
n narrateur, narcissisme, nouvelle, nombrilisme, nègre, nostalgie
o orgueil, ordinateur, oubli, Orwell, observation,
p peur, poète, prose, plume, plagiat, pastiche, parodie, personnage, panne (d’inspiration), périphrase, papier, pataphysique
q Queneau, quotidien, quiproquo, Quasimodo
r romancier, rêve, romantisme, rature, recherche, rivalité, regard, reconnaissance, réalisme, rime
s souffrance, souvenir, style, stylo, sujet, surréalisme, synonyme, succès, sexe, scribe, social, séduction, sentiment, secret, spleen, symbolisme
t temps, théâtre, tabou, traduction, Tardieu, tea-time, texte, Tartuffe, Tintin
u usure, usurper, univoque, Ubu
v vie, virtuel, voyages, voyelles, verbe, vide, Vian, vin, vers
w wagon-lit, whisky, W (ou le souvenir d’enfance), Wharton
x  x, xérès (un doigt), Xanadu
y Yin et Yang, yuppie, yéti
z zeugma, zoo, Zazie, zinc, zazou, zut alors, si le soleil quitte ces bords !

Amélie Boulain a Choisi le Démon de l'Epouvante et de la Folie, la Grandeur de la Haine, son Impasse et sa Jouissance; dans ce Kaléidoscope de Lumières Multicolores la Nostalgie Ouvre sa Porte, elle Quémande des Rêves Satinés de Tendresse, telle l'Usurière qui Vendrait du Whisky et du Xérès aux Yuppies de Zanzibar.

mercredi 13 mars 2013

J’ai rêvé que je retournais à Manderley…


Littérature, cinéma ? entre les deux mon cœur ne balance pas, il fait du cabotage et ses ports d’attache sont variés et changeants.
A certains moments je préfère revoir un film qui ne me procurera pas toujours le même enchantement que la première fois…mais c’est pareil pour un lieu d’enfance qu’on mythifiait et qui nous semble tout à coup bien étriqué.
Je sais aussi que si je prends certains volumes dans la bibliothèque, comme le fantôme de Canterville, juste pour vérifier s’il peut apparaître dans cette rubrique par exemple, eh bien je ne le lâche pas et je peux le relire pour la dixième fois comme un conte.

Là j’ai envie d’ouvrir la porte, livre et film confondus, de certaines demeures qui se trouvent juste après le tour de loquet du il était une fois


En arrière plan du film de Spielberg, Lincoln, et surtout celui de Tarantino, Django, je ne peux m’empêcher de penser à Scarlett O’Hara, Mam’zelle Scarlett et son domaine, Tara, qui symbolise tout ce que le sud a perdu. Plusieurs actrices ont été pressenties pour le rôle, Paulette Godard et Katharine Hepburn entre autres mais les premières scènes de la prise d’Atlanta ont commencé sans l’interprète féminine. Sur le plateau, le frère de Selznick est arrivé avec deux amis, Laurence Olivier et Vivien Leigh…on connaît la suite et le public aurait dit mieux vaut une Anglaise qu’une Yankee !

Rebecca, le premier film américain d’Hitchcock d’après Daphné du Maurier ; deux points communs avec le précédent, Selznick est producteur et une vaste demeure gothique, Manderley, occupe une grande place, à tel point qu’Hitchcock a pu dire que la maison est un des trois personnages principaux du film .
Ah Maxime de Winter et sa gauche épouse, on sait à peine son prénom, elle entend celui de Rebecca des dizaines de fois dans la bouche de la glaciale Mrs Danvers, elle ouvre fascinée la chambre de la défunte dans l’aile ouest de la maison...

Il a obtenu l'Oscar du meilleur film de l'année, la statuette ira à Selznick et sir Alfred n'en aura jamais.
Encore un point de comparaison, il s’agit de l’adaptation d’un roman célèbre. Dans son livre d’entretiens avec François Truffaut Hitchcock raconte l’anecdote suivante : deux chèvres sont en train de manger les bobines d’un film adapté d’un best-seller et une chèvre dit à l’autre « moi je préfère le livre ». 


avant
après...
La lande anglaise des sœurs Brontë est à elle seule un royaume mais Thornfield Hall est inséparable de Jane Eyre et de son amour pour le maître des lieux. Comme le précédent il brûle mais l’amour de Jane (même prénom que l'épouse de Max de Winter) et Rochester va triompher et la mauvaise femme partir en fumée comme la gouvernante de Manderley .

Dans le patrimoine français ce serait plutôt la rubrique des palais et châteaux qu’on ouvrirait avec le Louvre qui sert de décor à plusieurs romans d’Alexandre Dumas, des trois mousquetaires à la reine Margot, le château de Chambord pour peau d’âne de Jacques Demy ; et un domaine sans nom qui laisse d’autant plus place au rêve, « quelque vieux manoir abandonné…quelque vieux pigeonnier désert… », nous n’avons comme description que la tourelle grise que le grand Meaulnes aperçoit au-dessus d’un bois de sapins.

 
Un final célèbre, sur la grille d’entrée de Xanadu une affiche défense d’entrer dans ce manoir lugubre (NO TRESPASSING) qui recèle de nombreuses sculptures toujours dans leurs caisses et le citoyen du lieu, un certain Charles Forster Kane, s’y éteint solitaire une boule de verre dans la main…
 

vendredi 1 mars 2013

Amouourrrr, amouourrrr…


Le film de Haneke a raflé bien des mises, à commencer par la Palme d’or à Cannes, une brouette de Césars et comme dessert l’Oscar du meilleur film étranger. Une presse pas forcément de caniveau laisse entendre qu’il serait déçu de n’avoir point l'oscar suprême, bon il ne va pas nous la jouer Angelopoulos qui a fait un caca nerveux à Cannes car il n’avait pas eu la palme ; remarque ça a marché, il l’a obtenue l’année suivante ou 2 ans après pour l’éternité et un jour…et Haneke a quand même évoqué dans son discours pour le ruban blanc qu’on lui avait susurré qu’il l’aurait pour caché
Bon mais trop d’Amour trop c'est trop, tant d’éloges cela fait déraper dans les pommades et les sirops douçeâtres.
Je n’ai pas dit du mal..., Amour n’est pas un mauvais film, c’est juste que le consensus est trop gros, trop visqueux…Je n’ai jamais pu oublier que j’avais devant moi Emmanuelle Riva et Jean Louis Trintignant, encore moins lors de certaines scènes marquantes et pas une seule fois j’ai entendu une critique émettre l’hypothèse que cet amour pouvait engendrer une haine libératrice dans le passage à l’acte…peut-être rêvait-il de faire cela depuis des années  en tout inconscient toute horreur…et j’avoue que je n’ai pas bien saisi la fin du film.
Je ne peux oublier non plus que leur fille c’est Isabelle Huppert, la pianiste palmée d'Haneke, la présidente du jury lors de sa première statuette d'or deux ans avant, et face à ces deux acteurs distanciés mais si présents, elle qui en connaît pourtant un rayon dans la distanciation, ne peut vraiment exister. Elle était nominée pour le césar du meilleur second rôle, n’importe quoi!… Je n'ai pas vu Clo-Clo avec Jérémie Renier mais il le méritait certainement, le césar, ainsi que Marion Cotillard dans le film d'Audiard; on n’a pas récompensé la prestation ni le rôle de composition, plutôt celui de décomposition, oui c’est mauvais mais aujourd’hui je fais ma crise anti-consensuel et une allergie à l’ego hypertrophié avide de reconnaissance.

J’ai commencé hier un livre que j’avais fort convoité, le Diable, tout le temps, césar, oscar ou sucette d'or du meilleur livre de l’année pour le magazine Lire…dès la fin du premier chapitre un sentiment de lassitude m’a engourdie. Marre des alcooliques obsédés par le sexe et la religion... ça c'est l'aspect soft, on verse vite dans le côté plus hard avec des psychopathes assassins; alors j’ai refermé le bouquin et j’ai repris avec délice le deuxième tome des Thibault, Jacques et Antoine m’attendaient au coin d’une page.


y'a pas d'photo
alors une vidéo...


lundi 18 février 2013

Petite note d’hiver


c'est pas parce que c'est lundi
qu'il faut accepter le ciel gris
alors saupoudrons sur la copie
quelques taches couleurs de vie

J’aime

une anecdote entendue cet été 
Au refuge du Goûter il y a une quinzaine d’années un groupe de Polonais a piqué les chaussures des autres alpinistes pour être les seuls au sommet du Mont Blanc !
Ils ont certainement du cher payé les hélicos venus récupérer les nus- pieds…
Je n’ai pas trouvé trace de la véracité de ce vol des montagnes…

ce fait biographique
La femme d’un ami faisait partie d’une très riche famille portugaise. Quand elle était gamine, dans les années 1950, l’évêque de Lisbonne venait baptiser ses poupées et celles de ses sœurs

la pioche des noms… les gendarmes qui sont arrivés les premiers sur le lieu du crime des sœurs Papin s’appelaient Ragot et Vérité.

Apprendre avec Patrick Deville dans peste et choléra que Yersin s’est embarqué en Indochine avec le capitaine Flotte

un mot découvert avec le jeu du dictionnaire
cacaoui : petit canard sauvage, appelé aussi canard à longue queue de Terre Neuve



une certaine vision de l’être et du néant avec les tentatives de ce couple Genesis et Lady Jaye qui ont subi plusieurs opérations dans le but de devenir physiquement semblables, « l’idée n’est pas d’être jumeaux mais d’être deux parties d’un nouvel être ».
Je me cherche dans l’autre et je trouve chez lui ce qui me ressemble…. ouh là là c’est le vertige de la grande roue …et l’autre est aussi dans ce double miroir ou double reflet... là c'est le grand 8 mais cela illustre dans une certaine démesure ce que dit Sigmund quand il parle de l’amour comme illusion narcissique…


un peintre pour la lumière de ses jardins. Je n’ai jamais vu d’exposition et rarement des tableaux en vrai. En voici en faux de Lebasque

 deux films qui ont été fort mal distribués, à Lyon en tout cas, Foxfire, confessions d'un gang de filles et la parade, pour lesquels la critique a été plutôt timide pour ne pas dire boudeuse...


                      "Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
                      D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
                      Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même..."
                     






dimanche 3 février 2013

espoir en boîte


J’étais optimiste à la fin de ma précédente note en ce qui concerne l’Inde, peut-être aveuglée par mon attrait pour ce pays. L’article de Chouyo (chouyosworld.com) Inde : le sexe comme champ de bataille montre qu’encore une fois le levier de l’émotion tient lieu de pensée et d’analyse.

Mais l’optimisme c’est comme un baromètre et il suffit de peu pour le faire remonter. Et il risque de grimper en Inde où plusieurs mouvements de femmes appellent à des projets le jour de la St Valentin et se mobilisent pour passer de l’indignation à l’action concrète.

J’ai voulu musarder du côté de certains mythes féminins comme Lilith, figure emblématique du féminisme des années 70, assimilation d’un mythe sumérien, pour certains la première femme, avant Eve ; le plus intéressant est dans l’Alphabet de Ben Siva, elle se considère comme l’égale d’Adam car tirée de la même terre, elle refuse la position du missionnaire, dispute dans le couple. Elle en appelle à l’Eternel, des ailes lui poussent, elle abandonne Adam et l’Eden, elle s’obstine. Dieu la condamne, la suite est encore plus confuse, elle devient le serpent tentateur, une succube, la femme du diable…on se perd dans les dédales ésotériques, représentation de la tentation féminine et de la lune, déesse ailée des rêves érotiques, symbole des plaisirs interdits et de la sorcellerie…la barque est chargée.
Sur la photo, bas-relief mésopotamien, 2000 av.JC, Lilith/Inanna porte une couronne lunaire. Elle aurait appris à voler la nuit avec ses 12 filles, les Lilims. Elles hantaient les hommes pendant leur sommeil.

Celle qui m’intéresse davantage c’est Pandora. Elle fut créée sur l’ordre de Zeus qui voulait se venger des hommes pour le vol du feu par Prométhée et fabriquée dans de l’argile et de l’eau par Héphaïstos. Athéna lui donna la vie et l’habilla, Aphrodite la beauté, Apollon le talent musical, Hermès lui apprit le mensonge et l’art de la persuasion, Héra la curiosité et la jalousie. C’était la première femme puisque les hommes vivaient jusqu’alors avec les dieux et Zeus l’offrit à Epiméthée, frère de Prométhée (il accepta bien qu’il eût promis à son frère de refuser les cadeaux de Zeus, timeo Danaos…). Pandora apporta dans ses bagages une boîte mystérieuse, en fait une jarre, que Zeus lui avait interdit d’ouvrir. Celle-ci contenait tous les maux de l’humanité, notamment la Vieillesse, la Maladie, la Guerre, la Famine, la Misère, la Folie, le Vice, la Tromperie, la Passion ainsi que l’Espérance.
Pandora céda à la tentation et ouvrit la boîte (certains textes disent que Zeus lui ordonna de l’ouvrir), libérant ainsi les maux contenus ; elle voulut la refermer pour les retenir mais trop tard. Seule l’Espérance, qui peut se définir aussi comme l’attente de quelque chose, l’appréhension , la crainte irraisonnée,  plus lente à réagir, y resta enfermée.
La comparaison s’impose avec Eve, dans les deux cas, c’est la femme qui commet une irrémédiable erreur en succombant à la tentation ; Lilith, elle, trouve plus fort et plus intéressant que la tentation et le péché, elle en devient l’incarnation.

Retour à l’âge d’or, sous Cronos les hommes et les dieux vivent en harmonie, pas de vieillesse, pas d’enfance, pas de femme, pas de travail, une vie masculine dans la béatitude. Mais s’ils vivaient comme les dieux ils n’étaient pas immortels et s’éteignaient paisiblement,  « ils mourraient comme enchaînés par un doux sommeil ».
Zeus devient le roi des dieux, il organise, hiérarchise, et délègue Prométhée auprès des hommes, et une rivalité se fait jour entre eux bien avant l’histoire du feu.

Ce qui va caractériser la vie humaine c’est son ambiguïté, plus de bien sans mal, plus de jeunesse sans vieillesse, plus de travail sans souffrance…
Ce qui me semble qualifier la naissance des mythes fondateurs et des religions c’est la peur de la femme, la peur de la jouissance, l'envie de la maternité…peut-être au départ une fascination pour la femme et la nature d’où l’adoration parfois ambivalente d’une idole de pierre froide, belle et monstrueuse.

Khajuraho
Si en Inde on voit dieux et déesses copuler joyeusement sur les bas-reliefs des temples hindous et jaïns le voile pudibond qui recouvre la sexualité humaine est une chape de plomb. J’ai déjà évoqué ici les soucis qu’a eus Nina Paley avec son film Sita chante le blues car elle osait s’en prendre à Rama.

On termine ce petit tour mythologique option dualité féminine avec Sophia La Sagesse, déesse suprême déchue à une époque sous le qualificatif de prunikos (malpropre ou prostituée).

Dans le Livre des Proverbes Sophia parle de la création du monde et des liens qui l’unissent au Créateur :
J’étais à l’œuvre auprès de lui,
Et je faisais tous les jours ses délices,
Jouant sans cesse en sa présence,
Târâ
Jouant sur le globe de sa terre,
Et trouvant mon bonheur parmi
Kâli
  les fils de l’homme.


 une photo de Kâli qui hante les lieux de crémation et une de Târâ dont les adeptes invoquent les 108 noms en égrenant leur chapelet





Janvier 2013, dans Pékin pollué un riche industriel a fait circuler  des canettes d’air pur, à quand la distribution, ou la commercialisation, cela dépend de la dose, de canettes d’espoir?     


dimanche 6 janvier 2013

Coquin, ne t’ai-je pas interdit pour un mois ?


Comment mais cela fait plus d’un mois que tu n’as pas écrit !
C’est affreux, et rien ne vient…la source qui n’était déjà pas si abondante se tarit…Comme d’habitude on va essayer de s’en sortir avec une petite pirouette, pas une contrainte car je crois que pas une goutte ne jaillirait…
Pourquoi ce mois de décembre m’a-t-il si peu inspirée? bon d’accord c’est  l'avant tout blanc sans neige, la frénésie, mais je crois que le pire était dans l’actualité qui m’a laissée sans voix et sans mot.
Alors je me suis endormie au début de ce mois des frimas et je me réveille là, à l’aube de cette année impaire.
Mon premier mouvement est de m’étonner d’être encore en vie puisque la fin du monde était programmée, allons allons trouve autre chose...
le pélican du Parc
Mes yeux s’écarquillent quand je découvre hier le grand titre du journal local,   Bardot prendrait la nationalité russe à cause des éléphantes du Parc… Bon là j’ai du mal à faire la mise au point. Pourquoi la Russie, et pour les éléphants je suis d’autant plus agacée que j’ai lu pendant mon sommeil d’hibernation, si si c’est possible, les racines du ciel. Si Bardot veut parler d’éléphants elle devrait lire Romain Gary, elle saurait au moins de quoi elle cause quand elle parle de ces bestiaux.
 
Mes yeux s’agrandissent encore quand on m’informe que tout cela n’est pas une histoire d’éléphants à sauver mais de pognon à sauvegarder et qu’au départ c’est Depardieu qui partait en Belgique pour échapper au fisc hollandais. Là c'est trop je demande à me rendormir car je n’y comprends rien et le peu que j’entrevois me laisse songeuse et dubitative.
On me dit que Torreton a répondu avec panache à l’acteur, nouvelle représentation de Cyrano mais là ils en font un peu trop je trouve auprès d’un public qui ne leur a rien demandé…Et je ne comprends toujours pas pourquoi Bardot veut aller en Russie, pourquoi pas la Belgique elle aussi, soit belge et tais-toi pourrait-on dire à l’un et à l’autre.
Ah bon le scoop c’est Poutine qui invite tout ce beau monde à rejoindre son beau pays, grande démocratie il a dit l’acteur bouffi, et là ce ne sont plus les yeux ce sont les bras qui me tombent des cuisses comme on dit à Lyon chez la mère Cottivet et puis je crois qu’il vaut mieux laisser choir carrément cet indécent feuilleton…
Avant de m’endormir j’avais été profondément secouée par ce que j’apprenais du Congo, des femmes violées et du docteur Mukwege, qui lui s’est réfugié en Belgique pour échapper à ses assassins.
L’étudiante violée à Delhi est morte, des femmes manifestent au Népal suite à un viol, et je me dis père Noël  il y a encore du boulot du côté de la place des femmes partout dans le monde et encore plus du côté de la haine de la femme, quant à la haine de soi c’est autre chose qui rejoindrait presque le vaudeville Depardieu.
Et ces femmes (voir l’article du Monde du 28 novembre, viols en RDC, la croisade du Dr Mukwege) ont crié si fort que je les ai entendues pendant mon sommeil, qu’elles ont éclipsé et de loin les débats sur le mariage gay, le mariage pour tous et tutti quanti. Et j’ai l’impression de revenir d’un autre sommeil, plus lointain, enfoui dans les brumes anars, quand j’entends les homos réclamer notoriété, égalité, sécurité, cela fait carrément ringard pour moi qui étais contre le mariage. Simone Weil d’abord, Badinter ensuite, ont fait promulguer toute une série de lois sur le code civil qui n'ont fait que prendre en compte l’évolution de la société (suppression enfant légitime enfant naturel et autorité parentale conjointe). Le reste suivra me dis-je, malgré la calotte qui va communier dimanche prochain et la droite qui veut se refaire mais pitié qu’on ne mélange pas tous les genres…
Qu’est-ce qui va me faire tenir pour ne pas me rendormir ?

Je vais chercher , les femmes Indiennes et Népalaises ouvriront peut-être la voie à l’Afrique, il y a encore du pain sur la planche chez nous puisqu’une actrice qui aurait du rester muette peut dire que les femmes font de bonnes infirmières grâce à leur instinct maternel. Bon RIDEAU pour les mauvais comédiens, nous trouverons de quoi nous satisfaire, un peu, beaucoup, en tout cas passionnément je le souhaite sur le grand théâtre de la vie.


                         Un autre aperçu lyonnais que l'article du Progrès


    Le titre de cette note est la première réplique de Cyrano, à Montfleury