samedi 21 juin 2014

tour normand


La deuxième débâcle électorale étant bien pire je suis allée revoir ma Normandie, et j’agrémente ce petit voyage avec quelques photos et les correspondances qui me viennent sous la plume.
  

La maison de Jacques Cœur à Bourges faisait écho à Jean-Christophe Rufin, je venais de terminer son immortelle randonnée et je découvrais qu’il avait consacré au célèbre argentier son précédent livre, le grand Coeur. L'Aiguille creuse d’Etretat habrite pour toujours Arsène Lupin et Sissi a vécu une tranche de son destin dans le château de Sassetot le Mauconduit.





La baie de Somme était bien encombrée, week end de l’Ascension oblige, carrément la foule à l’entré du parc du Marquenterre, heureusement c’était plus clairsemé dans les sentiers, rien de tel qu’une petite barque échouée à marée basse au Hourdel pour retrouver un peu d’intimité.


Amiens peut frimer avec sa cathédrale, elle est vraiment très belle; pour les hortillonnages, il faut mieux les sillonner à pied avec arrêt au bistrot qu’embarqué car c’est plein à chavirer…

sur l'eau...








Mais c’est surtout sur les traces de Maupassant que j’ai rêvassé. Quand je ne sais pas quoi lire le soir, ou que le bouquin en cours m’ennuie, j’attrape un de ses tomes de nouvelles et je suis sure d’en découvrir une que je n’ai pas lue, voire d’en relire avec plaisir. Et la Normandie est partout, son amour pour cette région affleure par bouquets de couleurs, d’odeurs, de sensations qui nous emmènent directement vers la palette de Monet.




Une dernière pour finir
Voici l'ange au sourire


lundi 12 mai 2014

sad song




Ich weiß nicht, was soll es bedeuten, daß ich so traurig bin...


Bien sur l’actualité est loin d'être marrante
Les chansons des sirènes fort discordantes
Pas si facile de trouver des mots pour dire
Encore moins ceux pour faire rire et sourire


Alors j’ai pensé à des chansons tristes parce que leur écho résonne doucement, que les petites notes lancinantes nous accompagnent parfois du mal de vivre jusqu’à… presque la joie de vivre et puis les chansons drôles ça n’existe pas, en tout cas pas pour remonter la pente quand on a le moral dans les chaussettes.


J’aime bien Summertime Sadness de Lana Del Rey pour le titre et la chanteuse, pas trop les paroles, je préfère cette interprétation mélancolique d’Alain Souchon qui a un effet doudou ou dévastateur sur moi, cela dépend de mon humeur…








ô traurig, traurig war meine Seele…

vendredi 9 mai 2014

filature à l'italienne


Le patron m’a demandé de classer mes rapports, faut d’abord que je finisse celui de Mme B. Je ne peux pas dire qu’elle m’ait spécialement donné du fil à retordre et pourtant je cale. Si je comprenais pourquoi cela m’aiderait peut-être à le rédiger, voyons, récapitulons.

J’ai eu la consigne de filer Mme B. le 14 avril, une journée de chiotte comme c’est la mode en ce moment, non seulement il pleuvait mais il faisait un sacré froid à ne pas mettre un détective dehors.

Je devais poster devant son domicile à 5h du matin; déjà furax, elle n’allait certainement pas quitter son pieu avant 9h ; mauvaise déduction, la porte de l’immeuble s’est ouverte à 6h, bien matinale pour une retraitée…Et là je l’ai eu dans l’os, elle se dirigeait bien dans le parking mais pas vers sa voiture comme je m’y attendais ; elle a ouvert une petite porte avec une clé : supposition, réaction, elle allait prendre le bus, j’ai fait fissa pour contourner l’immeuble par l’entrée principale et me pointer en haut du boulevard, l’arrêt après le sien. J’avais quand même un doute qu’elle ait envisagé autre chose mais même si elle avait pris la décision de descendre en ville à pied (étonnant avec cette aube grise) elle ne serait pas partie dans cette direction. Tout ce galimatias ne sera pas dans le rapport bien sur si j’arrive un jour à le finir…



Ouf elle était bien dans le bus quand je suis monté, je me suis assis derrière elle ; à la gare je lui ai emboîté le pas car la foule du petit matin affluait. Elle n’allait pas dans le centre d’échanges, elle s’est dirigée d’un pas assuré vers les lignes européennes et quoi ! elle prenait le car pour Turin ! J’avais l’air fin. J’ai pu avoir un billet auprès du chauffeur, je ne me suis pas assis derrière elle cette fois, pas envie de maudire cette nuque pendant des heures.

Mais qu’est-ce qu’elle va foutre à Turin, et moi donc ?

En plus j’étais affamé à l’arrivée, pas le temps de m’acheter quelque chose, elle, elle avait du prévoir sandwichs et boissons. Elle a opté d’abord pour une des grandes places de la ville où se tenait un marché forain. Alors elle venait pour des fringues ! Heureusement elle portait une écharpe très voyante, je pouvais plus facilement la repérer dans ce populo qui gesticulait et vociférait ; en plus j’avais mal aux pieds n’ayant pas prévu des godasses tout terrain pour marathon européen. Je pensais plutôt à une planque tranquille, un coin du feu comme on dit dans la maison.

Elle a acheté quelques babioles, est allée s’asseoir sur un banc pour manger un autre sandwich (j’avais de plus en plus les crocs) et regarder son plan. Elle s’est dirigée vers la cathédrale, ouf j’ai pu m’asseoir un moment, et après le musée… pas un petit truc de peintures, non non carrément le Museo Egizio. Je n’ai pas pu voir quel type de billet elle achetait, j’en ai pris un pour l’ensemble, molto caro, c’est le boss qui va être content, quoique je n’ai pas coûté cher en repas jusque là ; je suis allé me nourrir à sa suite de tombes et autres joyeusetés de l’au-delà. Le plat de résistance c’était une immense salle de statues sans oublier les momies, les scribes, les dieux à tête d’oiseau, à tête de chien, les vases funéraires, les papyrus, les Néfertiti et Toutankhamon… J’ai pris quelques photos quand elle est allée aux toilettes, avec discrétion cela s’entend, c’est quand même mon fond de commerce.

Quand elle est sortie du musée elle avait l’air un peu fatiguée, moi j’aurais pu rentrer directement dans un sarcophage tellement j’étais plombé…et ils n’auraient pas eu à me vider l’estomac pour m’embaumer, y’avait rien dedans !

lui était assis au moins
Elle a regardé sa montre, tiens cela devient étrange une femme qui regarde sa montre et pas son portable, d’ailleurs je ne l’ai pas vu sortir un téléphone de la journée. Elle est allée s’asseoir à la terrasse d’un café, sur une petite place, a pris un ristretto et une cigarette, j’ai espéré qu’elle me laisserait un peu de temps pour avaler quelque chose, mais nada une fois la clope finie, il a fallu remettre ça et comble d’horreur elle est entrée dans un cinéma, le film n'était pas sous titré, j’ai noté le titre pour mon rapport, l’innocent et même le nom du réalisateur, Visconti, ça me disait vaguement quelque chose.

la preuve que j'étais en Italie...
Après le cinoche j’avais compris qu’on était bon pour le dernier métro, arrivée 22h45 à Lyon, quelle journée, et bien mal payée pour faire un boulot pareil !

Elle a flâné encore un peu dans la rue principale, regardé les boutiques, a acheté un panini et des cigarettes et alla statione !

Une fois dans mon siège je me suis laissé aller à dormir deux bonnes heures, c’est toujours ça de pris mais qu’on ne me ressorte pas l’adage imbécile qui dort dîne...

A la gare elle s’est dirigée rapidement vers l’arrêt du 49. En montant dans le bus elle m'a jeté un regard mi-amusé, mi-étonné...c'était quand même une journée particulière!

dimanche 6 avril 2014

note allusive



Elle attaque la vie en dormant,
fait le bonheur de ses parents,
bon suffit les trucs gnan-gnan,
place à je t'emmène au vent.









Quand je recherchais quelle vidéo mettre, j'ai vu deux commentaires à propos de Léa qui m'ont fait rire:
Un internaute dit "ça résume ma copine en 3mn"
Un autre répond "pauvre gars, ça fait de la peine..."

mardi 1 avril 2014

Chronique dépassée


A l’heure de la débâcle électorale de dimanche dernier, à l’heure où France 2 diffuse le dernier épisode d’Apocalypse sur la guerre de 14, présentée par Marie Drucker comme hors normes, je pense plus que jamais aux Thibault, mentionnés brièvement dans une note précédente.

Ils m’avaient laissée au bord du chemin, orpheline mais riche de leurs pensées, de leurs réflexions, de leurs contradictions, de leurs illusions…oui oui ! je les identifie complètement à leur créateur, Roger Martin du Gard et ses pages sur la guerre, l’engagement politique, les idéaux du progrès et de la raison…sont aussi fortes que celles sur la famille, l’autorité du père, la décision de mettre fin à une agonie… et la tirade d’un ministre en 1918 sur le bien mentir (Epilogue, tome 3, page 375) pourrait (ou a du) en inspirer plus d’un.

« …bien mentir ! ce qui n’est pas toujours facile, veuillez le croire ! Ce qui exige une longue expérience, et une ingéniosité, un esprit d’invention, qui ne soient jamais à court. Il y faut une espèce de génie…Et, je peux l’affirmer : l’avenir nous rendra justice ! Dans ce domaine du mensonge utile, nous avons, en France, accompli des prodiges depuis quatre ans ! »


L’amie qui m’avait incitée à lire les Thibault me parlait de Georges Duhamel et de sa chronique des Pasquier en 10 tomes.

Je me suis dit que j’allais tenter l’aventure et je m’étonnais de n'en trouver aucun en rayon à la bibliothèque.

J’ai demandé à la bibliothécaire qui a répondu à ma question, de fort mauvaise grâce, personne genre excédée qu’on lui demande quelque chose, Duhamel c’est vieux tout ça, carrément dégoûtée, la date de péremption est largement dépassée…que faire d’une chronique du passé ?


lundi 31 mars 2014

idée marsienne


Un tour des quatre saisons
Pour une petite récréation

printemps



"Ici (au Japon), on s’émerveille à chaque printemps devant les cerisiers en fleurs, l’arbre que l’on nomme sakura, qui est aussi le nom du printemps et du renouveau de la vie." chronique d’Yves Simon dans le Monde


  été

une recette pour les soirs d’été

Voici l'époque où les cerises vont se trouver en abondance sur nos marchés; profitons de leur prix abordable pour préparer de délicieuses cerises à l'eau-de-vie. Pour cette préparation, employez de préférence la cerise anglaise, la Montmorency, la griotte d'Etampes ou la tardive de Saint-Quentin. Enlevez les queues, dénoyautez. Prendre un litre de bonne eau-de-vie à 45° et procédez de la façon suivante : absorber une dizaine de cerises d'un seul coup, boire immédiatement la valeur d'un verre à bordeaux d'eau-de-vie et continuer ainsi jusqu'à épuisement des cerises et de l'eau-de-vie. Cette méthode, qui laisse à la cerise toute sa saveur, évite l'emploi toujours fastidieux des pèse-sirop et des bocaux de verre. Pierre Dac l’os à moelle


automne


 
Haïku

Châtaignes et noisettes
Qu’il est beau le potiron
Langueur de l’automne



 

    hiver                        
La gelée

Ce matin
la Saône dans les glaces
Il y avait
Des milliers
De diamants
Dans les champs

Les gens ont dit
« C’est la gelée »
Mais moi
Je sais bien
Que c’est la lune
Qui a fait craquer
Tous ses colliers

Anne-Marie Chapouton

vendredi 7 mars 2014

Un conte de la forêt



Ma mère était très belle, mon premier souvenir est celui de son odeur, de sa chaleur, de son flanc tiède et soyeux, de son ventre qui nous nourrissait copieusement mes frères et moi. Seule femelle de la portée j’ai eu droit à quelques égards, il semble que la règle venait de mes parents et mes frères ont peu ou prou pris le pli.

Les premières semaines de mon existence je ne suis pas sortie de la tanière, deuxième ventre maternel. Quelques rais de lumière filtraient pendant la journée, rythmant les tétées, les siestes, plus tard les jeux, et quand l’obscurité envahissait notre gîte nous nous blottissions les uns contre les autres, conscients que ce cycle de lumière et de ténèbres recelait de grands mystères dont nous ne tarderions pas à être instruits.

Mon père n’était pas toujours là mais lorsque nous sommes sortis pour la première fois il était bien présent et guidait nos pas. 


Je découvris alors ce qu’était un arbre, nous logions dans le tronc d’un immense ficus. Notre première sortie était aussi un déménagement ; pour des raisons de sécurité nous devions aller plus haut et par la même occasion apprendre à grimper aux arbres. Mes frères se sont moqués de moi car la descente me posait des problèmes. J’avais tendance à agripper le tronc avec mes griffes et non seulement cela me freinait mais cela me déséquilibrait. Ma mère a compris ce qui se passait et m’a dit de me laisser aller, comme si je marchais sur le sol. J’y suis arrivée mais j’avais l’impression d’être un gros chaton pataud à côté d’elle qui semblait glisser sur l’arbre dans une ondulation d’une élégance folle.


Puis ce fut l’apprentissage de la chasse, repérer le gibier, évaluer les gains et les dangers, et comble de bonheur une totale liberté dans cette forêt que nous apprîmes vite à connaître, à aimer plus qu’à redouter.

Le soir venu nous ne nous faisions pas prier pour remonter dans notre arbre ou un autre, déjà repéré par mes parents quand la chasse nous avait entraînés loin de notre repaire habituel.

Les yeux clos, les sens encore en éveil, j’écoutais la forêt, essayant de repérer sa respiration nocturne ; j’avais envie, parfois, de me mêler à ces galops furtifs, ces halètements, ces hululements…et surtout je voulais voir les étoiles.


Ce fut merveilleux quand nous grimpâmes tous en haut de l’arbre et que nous restâmes, cette nuit d’été, à les observer, minuscules fenêtres brillantes de notre grande maison.

Je ne connaissais pas la peur, ni le froid, ni la faim.


La première, je l’ai ressentie quand nous avons du fuir au plus profond de la forêt ravagée par les flammes. Les démons de la nuit et du feu nous rattrapaient, attisés par un vent violent. Une forte pluie a stoppé net l’incendie mais quand nous sommes retournés vers notre arbre, quel désastre ! Il avait survécu mais la plupart de ses branches, surtout les plus basses, étaient calcinées.

C’est là que nous avons commencé à souffrir de la faim. Mes parents disaient qu’il fallait du temps pour retrouver de quoi nous remplir la panse correctement. La famille s’est divisée en deux, mes frères sont partis avec mon père et je suis restée avec ma mère, c’était provisoire disaient-ils.

Je ne regrette pas cette période. Ma mère, n’ayant que moi à sa charge, était moins inquiète et puis j’attrapais de temps en temps un petit animal qui suffisait à mon repas journalier. Nous pouvions contempler les étoiles presque tous les soirs, ce qui me mettait dans un état de béatitude tel que je m’endormais dès que je rejoignais le creux de mon arbre.

Deux saisons passèrent ainsi et je commençais à me languir de mon père et mes frères. C’est alors que ma mère me raconta une longue histoire, elle me parla de l’homme, le plus grand prédateur de la forêt. Je lui fis remarquer que je n’en avais jamais vu. Elle m'apprit qu’elle était née dans une forêt en lisière des terres cultivées par les humains qui avaient tué toute sa famille, elle a dû son salut à mon père, seul rescapé d’une autre portée, il l’a entraînée dans le centre de l’île et on connaît la suite…



Elle était triste lorsqu’elle évoquait cela mais toujours aussi belle. Elle mentionna d’autres hommes qu’elle avait rencontrés je ne sais comment, elle est restée un peu mystérieuse, et tout particulièrement un qui avait écrit quelque chose à son sujet. Il s’appelait Leconte de Lisle et dans son poème la panthère noire, il la proclamait reine de Java, ce qui ne m’étonne pas !