mercredi 7 octobre 2026

Elsa ou l'oubli

 

Elsa Triolet a rencontré Louis Aragon à Paris en 1928 et elle est entrée dans la légende communiste et poétique. 

Ils faisaient partie du panthéon du Parti et unissaient les intellectuels et les ouvriers dans cette ferveur.

Dans un documentaire consacré à Elsa Triolet elle dit n’avoir jamais adhéré au parti communiste français ni à celui de l’URSS et lui exprime son émerveillement devant le premier roman qu’elle écrit en français (Bonsoir Thérèse) ; pas l’ombre d’une rivalité, en apparence, il dit au contraire avoir tant appris d’elle dans l’écriture du roman. Elle dit son déchirement d’écrire en français ; abandonner le russe c’est comme quitter son pays une deuxième fois. « Le mal de la langue est insupportable comme le mal du pays. »

Camouflage est le dernier roman qu’elle a écrit en russe, paru à Moscou en 1928 et il fut fortement critiqué par les partisans d’un art prolétarien qui trouvaient que l’auteur était trop bourgeois et distordait la langue russe…

Elsa a été une résistante active, elle a eu la médaille de la résistance en 1947, elle s’associe à la création clandestine des Editions de minuit avec Vercors, co-fonde la revue Lettres françaises. Elle continue à publier pendant l’occupation, Le cheval blanc en 1953 et son recueil de nouvelles, Le premier accroc coûte deux cents francs, obtient le prix Goncourt décerné après la guerre en 1945 pour la première fois à une femme. Le titre fait référence à une phrase codée qui annonçait le débarquement en Provence.

Traductrice elle s’est beaucoup consacrée à la poésie de Maïakovski (Lili Brick était sa muse et la sœur aînée d’Elsa qui fut la première amoureuse du poète), a fait connaître les romanciers et poètes russes, traduit Aragon, Colette et d’autres en russe.

C’est vrai que les yeux d’Elsa et ceux d’Aragon ne se sont pas ouverts sur les crimes de Staline, la thèse officielle dit qu’ils ne pouvaient parler car il fallait protéger Lili et en ce qui concerne Aragon on peut carrément parler de cécité avec les horreurs qu’il a écrites. Pour Elsa il semble qu’elle a eu, discrètement, une attitude plus critique envers le régime soviétique, pas forcément envers son mari.

Dès 1937 lors du « procès des généraux » c’est le nouveau compagnon de Lili Brik, le général Vitali Primakov qui a été exécuté le 12 juin 1937.

Je restais pourtant étrangère à cette fête difficile, je continuais mon itinéraire intérieur à moi, regardant autre chose que ce qu’on me montrait écrit-elle en 1952 après un voyage à Moscou…encore davantage je présume après l’affaire de blouses blanches, faux complot antisémite.

Elle démissionne du CNE, le Comité national des écrivains fondé sous l’occupation, pour faire paraître en 1963 Une journée d’Ivan Denissovitch de Soljenitsyne.

Pendant ce temps-là d’autres chantaient les louanges de la Chine…

J’aime imaginer Elsa dans la fabrication des collages pour illustrer ses livres et surtout des colliers.  

 

Aragon, avec sa valise de représentant de commerce, sous le nom de monsieur Triolet,  allait les vendre auprès des bijoutiers parisiens et les commandes ont afflué du côté de la haute couture (Edward Molyneux, Madeleine Vionnet, Paul Poiret...) 

Elsa Triolet a été sacralisée en tant que muse, c’est aussi sa malédiction laisse entendre Eric Orsenna président de la maison Elsa Triolet-Aragon et deuxième fou d’Elsa !

Quant aux profonds yeux d’Elsa beaucoup de gens n’ont lu que le début, ce n’est pas me semble-t-il le plus intéressant dans l’ode à sa compagne…il est long, plein de symboles et d’allusions mythologiques et religieuses.

Je préfère de beaucoup celui-là et son interprétation par un grand poète de la chanson 


 

 

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