La consigne était
d’écrire en temps limité un texte sur l’ailleurs,
un ailleurs familier qui
surgit d’une boite aux couleurs de l’enfance…
Je me retrouve alors dans le
sombre grenier.
Mes yeux s’habituent vite à
cette obscurité,
Repèrent une boite sur le coffre
aux dentelles.
Je pressens tout de suite que je
vais l’ouvrir,
Elle m’intrigue, on dirait
qu’elle m’appelle.
Je suis si impatiente, que
vais-je découvrir ?
Trop de promptitude gâcherait le
plaisir…
Tu hésites ! as-tu peur de
ce qu’elle recèle ?
Ce n’est quand même pas la boite
de Pandore !
Quel autre secret pourrait te
bousculer encore ?
D’abord ton père qui n’était pas
ton géniteur,
Ta mère qui si loin avait trouvé
le bonheur,
T’avait mise en nourrice toute
ta tendre enfance,
Pourrait-il s’ajouter encore
d’autre souffrance ?
Ta main sur le couvercle, tu
atermoies, tu hésites,
Un sentiment de crainte,
d’excitation t’habite.
Tu sais maintenant pourquoi ce
carton t’est familier,
Ouvert, LE parfum de l’enfance
en sort par bouffées…
Le plumier en bois peint avec
ses pauvres crayons,
La magnifique agate bleutée
chipée à un garçon,
Les photos, les dessins, traces
de souvenirs heureux,
Les bons points et surtout les
grandes et belles images
Que tu recevais en classe, douce
et triste enfant sage.
Preuves tangibles que tu étais
bien dans leurs pensées,
Lettres, cartes par dizaines de
tes parents absents,
Dis-toi que tu y as gagné en
force et liberté
T’enivrant solitaire à tant de
jeux ardents.
Capitaine de vaisseau sur une
belle frégate
Avec comme moussaillon le môme
de l’agate.
Tu as navigué sur tant de mers
imaginaires
Que les vraies maintenant te
paraissent chimères.
Tu as découvert le frisson
jouissif de la lecture
En suivant d’Artagnan dans
toutes ses aventures.
Tremblant de rage quand il était
roulé par Milady,
D’émoi tu palpitais quand
l’amour était de la partie…
Et voici le ruban de cette jolie
chatte grise
Qui cachait ses petits parfois
dans la remise.
Dans un coin de la boite ce si
petit carnet
Où tu notais le soir de
merveilleux secrets.
Tu avais recopié cette chanson
que tu aimais tant
Qui n’était pas vraiment du goût
de tes parents :
« Mon histoire c’est
l’histoire d’un amour,
Ma complainte c’est la plainte
de deux cœurs… »
Même si tu sais qu’amour ne rime
pas avec toujours
Qu’un autre être ne suffit pas
pour croire au bonheur,
Tu es contente, toi qu’on nomme
l’intello à lunettes
D’avoir pu (ré)concilier
la littérature et les bluettes.
Le premier vers est emprunté à Verlaine, Après trois ans, Poèmes saturniens


















